Omar,
Je te sais gré du mérite qui est le tien d’avoir tenu jusqu’ici le flambeau. Pas nécessairement celui du slam sénégalais, mais bien celui de la Ligue sénégalaise de slam. Gérer une structure d’envergure nationale, autant que j’en sache, n’est pas une entreprise aisée. Loin de là. Je n’ignore pas les sacrifices qu’il faut consentir pour rester debout. Toujours.

Il n’est pas dans ma nature de dénigrer un être humain, semblable à moi. Dois-je rappeler, au besoin, qu’un tel droit ne m’appartient pas ? Aucun humain n’est exempt de critiques. Et la critique, dans une société où l’oubli, la médiocrité et l’amateurisme prolifèrent comme des mirages dans les esprits, est une bonne nouvelle. Elle constitue un moyen de lutte contre toute forme d’injustice, de pratiques nébuleuses ou douteuses. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre les réactions de slameurs insatisfaits de la démarche de la Ligue sénégalaise de slam. Je m’associe à leur position, même si je désapprouve les propos malsains et les attitudes condescendantes. Pour autant, je défends l’éthique de la divergence.

Le slam sénégalais, porté par quelques individualités, surtout au cours de ces dix dernières années, est en plein essor. C’est un regain d’élan pour nous, passionnés de poésie. De cet art.
Mais ne nous voilons pas la face : il y a des déchets qu’il faut trier ou recycler si nous voulons que le slam continue d’émouvoir, d’attirer les cœurs, sans frustration ni discrimination. Pour cela, la Ligue sénégalaise de slam doit repartir sur de nouvelles bases. C’est un impératif non négociable. Faute de quoi, jérémiades et altercations continueront d’aviver les tentions déjà existantes. Ce qui n’est souhaitable pour personne.

Le slam appartient aux slameurs et aux passionnés de slam. Aucune structure ne peut, de façon péremptoire, s’arroger le droit d’inclure ou d’exclure des voix qui portent. Nourrir le slam, ne pas s’en nourrir, tel doit être le viatique de la Ligue. J’ose espérer que c’est aussi le tien.

Organiser une compétition, régionale ou nationale, n’est pas chose facile. Ce n’est pas de la tarte. Je le sais. Mais depuis quelques années, des manquements flagrants persistent, sans volonté réelle d’y remédier. Comme si, sans le dire, ils étaient délibérés. Ce qui est inacceptable. Les membres de la ligue sénégalaise de slam, particulièrement ceux qui sont véridiques et honnêtes, reconnaissent qu’il y a de véritables problèmes au sein de cette structure. Mais aucun problème n’est dépourvu de solution, tout dépend de l’intention que l’on choisit de traduire en actes. La tienne doit être connue !

Omar, en tant que président de la Ligue sénégalaise de slam, nul doute que tu fournis des efforts. Mais tu peux (tu dois) faire mieux, pour plus d’objectivité et de rigueur, tant au niveau des compétitions régionales que nationales.

Certes, le cas de Saint-Louis, je dois le dire, avait attiré mon attention à la vue de la liste des représentants des différentes régions pour la finale nationale de slam/poésie. En posant des questions sur cette situation, j’ai été surpris de voir mon commentaire supprimé. Mais je n’y reviendrai pas, car la donne a changé : une compétition va être organisée. C’est peut-être une bonne nouvelle.
Autre chose, je ne comprends pas pourquoi, cette année, un thème est imposé aux slameurs finalistes. D’où vient cette idée ? La question est légitime.

Pour conclure, Al Faruq (qu’il repose en paix), cet ami cher à moi bien avant sa disparition, m’avait raconté ses mésaventures avec la Ligue. J’avoue que j’en avais le cœur meurtri. Mais je ne m’y attarderai pas ici. Si j’écris ce texte, c’est d’une part par devoir de mémoire, et d’autre part pour inviter la Ligue, ainsi que tous les slameurs de bonne volonté, à s’asseoir autour d’une même table. Pour se regarder en face. Et se parler, sans masque, sans filtre, afin de dépasser cette situation contraignante qui, à vrai dire, n’honore aucun artiste slameur.

Fara Njaay
Fondateur de Parlons Poésie, poète-écrivain