
L’exclamation qui résume ma pensée, fusant de la nuit cayorienne comme une météorite lancée par la langue savante d’une des griottes cantatrices dont je ne retiens que la forme de son mouchoir de tête. Ce fut lors de la cérémonie d’ouverture des Jalika 2025 organisés par notre Linguère Anna Ly Ngaye. Alors que je tentais, avec tout le tact d’un MC improvisé, de bien me départir de ma tâche, la Dame saisissant le micro après une envolée lyrique, m’avait lancé : « Ndòkk bamuy Ngaay ! Fii du Farans ! »
Bref, le festival littéraire fut de belle facture, chaleureux, convivial au foyer de l’hôtel de ville, populaire au terrain deggo et empreint de complicité dans les écoles et CLAC visités par les écrivains. En ouverture, la leçon inaugurale délivrée par Habib, Prophète Ashanti, à la langue chatiée, nous a plongés dans un souffle chaleureux de pensée et de réflexion autour de la thématique du patrimoine, de l’histoire et du lien entre littérature, terroirs et récits oraux.
Un souffle rendu vif et inspirant par la double présentation du Professeur Mame Moussé Diagne qui a éclairé plus d’une lanterne dans les nuits ngayeene. Que dire des ateliers d’écriture animés par Madame Annie Coly et Madame Andrée Diagne qui ont, à coup sûr, semé dans la tête des jeunes élèves des graines de livre en mûrissement à récolter dans un futur pas si lointain.
Les panels lumineux sur la littérature de jeunesse, la littérature et l’exil, animés par Dr Ndongo Mbaye, Gorkoodio, Abdourahmane Diallo, Ousmane Ndiaye, Pape Michel Mendy et Fatoumata Kane, et les autres, ont été intenses et innovants. Les réflexions autour de la « jeune plume africaine », animées par Babacar Korjo avec Fara et PMSY, ont même permis d’ébaucher un nouveau genre théorisé par Dr Adamou : « la littérature magique », dont les traces sont retrouvées dans certains classiques comme « Xala » de Sembène Ousmane.
Mais mon coup de cœur fut ce café littéraire improvisé autour de la Prof de Français Annie Coly, sous le manguier du foyer des écrivains du Cayor. Des moments magiques où les étoiles ont brillé et les esprits pétillants des auteurs ont entretenu des débats forts édifiants sur les chemins de la littérature et les matériaux d’écriture utilisés par les uns et les autres pour faire et défaire style et ratures.
Quant à moi, j’en ai profité pour photographier la gare de Ngaye, vestige colonial, conduire un « weutir » ou calèche pendant ma promenade matinale et aussi découvrir l’artisanat local. J’ai aussi signé des dédicaces, noué des relations d’amitié et de confraternité littéraire, mangé des mets du pays, et bus des jus du terroir, mais surtout, j’ai goûté à du succulent « wass », cette infusion sucrée unique.
Il ne m’est pas hasardeux que le jury des literature awards décernât l’étoile de l’innovation des terroirs à Jalika, désormais la Linguère du Kajoor.
Pour tous ces bons et inspirants moments d’humanité partagés, d’âmes et de rêves effleurés, de cœurs et d’esprits touchés, éblouis et sublimés, je dirai aussi avec la Dame : « Ndòkk bamuy Ngaay ! » Fort heureusement. Ce fut à Ngaye….
P.S. Merci pour la distinction, Anna, tu n’étais pas obligée….
Amadou Moustapha DIENG
Journaliste culturel, Poète, Chercheur.

