
Aujourd’hui, je vous propose le livre « De la natte à l’écran », d’Idrissa Sow Gorkoodio, écrivain sénégalais, poète, conteur, éditeur et critique littéraire, auteur d’une œuvre abondante (35 ouvrages entre 2009 et 2025) et plusieurs fois primé.
C’est un ouvrage qui met en lumière la richesse de la tradition orale africaine et le rôle essentiel de la femme dans la transmission des valeurs culturelles, à travers la figure de la grand-mère conteuse Maamabobo, gardienne de la mémoire collective. Assise sur sa natte, entourée d’enfants, elle transmet sagesse, histoire et principes de vie hérités des ancêtres.
L’ouvrage souligne ainsi la place centrale des femmes, notamment des mères et des grand-mères, comme dépositaires et passeuses de la tradition. En même temps, il montre comment les nouvelles technologies peuvent contribuer à préserver et diffuser cet héritage, symbolisant le passage de la natte — lieu traditionnel de la parole — à l’écran, espace moderne de transmission culturelle.
Cette œuvre, qui célèbre la rencontre entre tradition et modernité, a été récompensée par le Prix FILIGA des Lettres et des Arts (Conte 2025), consacrant ainsi son importance dans la valorisation du patrimoine culturel africain.
POURQUOI JE LE RECOMMANDE VIVEMENT?
– centrée sur la tradition orale
Le récit met en scène une grand-mère conteuse, Maamabobo, assise sur une natte dans la cour familiale, entourée d’enfants qui viennent écouter ses histoires. La natte symbolise l’espace traditionnel de la veillée africaine, où les anciens transmettent aux jeunes les savoirs, les valeurs et l’histoire du groupe. 
Dans cette société fondée sur l’oralité, le conte n’est pas seulement un divertissement :
- il éduque,
- il transmet la mémoire collective,
- il forme le caractère des enfants.
Les contes racontés par Maamabobo mettent en scène des animaux ou des personnages symboliques pour enseigner des leçons morales : respect des aînés, loyauté, justice, responsabilité et solidarité. À travers ces récits, les enfants apprennent à comprendre le monde et à adopter des comportements vertueux.
– la femme y est considérée comme gardienne et transmetteuse de la tradition
Le livre souligne fortement le rôle central de la femme âgée, en particulier la grand-mère, dans la transmission culturelle.
Maamabobo représente :
-la mémoire vivante de la communauté,
-la pédagogue des valeurs,
-la protectrice de l’identité culturelle.
Elle a elle-même hérité ce savoir de sa mère et de sa grand-mère, montrant ainsi que la tradition se transmet de génération en génération par les femmes. 
– le rôle de l’ouvrage est multiple :
-Éducatrice
Elle enseigne aux enfants les règles de la société :
respect des parents, solidarité, travail, responsabilité.
-Gardienne des valeurs
À travers les contes, elle rappelle les principes fondamentaux du pulaagu (dignité, honneur, maîtrise de soi).
-Médiatrice entre passé et futur
Elle aide les enfants à comprendre leur héritage culturel afin qu’ils ne « brûlent pas la terre de leurs ancêtres ». 
La femme apparaît donc comme le pilier de la continuité culturelle.
– Les contes comme outils de formation morale et politique
Les histoires racontées pendant la veillée abordent plusieurs thèmes importants :
• la critique du pouvoir injuste
• la nécessité de la justice et de la bonne gouvernance
• la solidarité familiale
• le respect des anciens
• les devoirs des enfants envers la société
Ainsi, le conte devient une école informelle qui forme les citoyens de demain.
– Patrimoine oral aux technologies modernes
Le titre du livre — « De la natte à l’écran » — symbolise la rencontre entre tradition et modernité.
Les enfants enregistrent les contes de leur grand-mère avec un téléphone portable et les projettent ensuite sur un écran. Cette scène montre que la technologie peut servir à :
- préserver la mémoire orale,
- diffuser la culture africaine,
- relier les générations.
La tradition n’est donc pas opposée au progrès : elle peut s’adapter et continuer à vivre grâce aux nouveaux outils.
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Idée centrale du livre
L’ouvrage montre que la survie des cultures africaines dépend de la transmission orale assurée par les femmes, notamment les mères et les grand-mères, qui transmettent aux enfants les valeurs, l’histoire et l’identité du peuple.
Ma conclusion :
« De la natte à l’écran » est un hommage à la tradition orale africaine et au rôle fondamental des femmes dans la transmission du savoir. Le livre rappelle que pour construire l’avenir, les jeunes doivent rester connectés à leur héritage culturel tout en utilisant les outils modernes pour le préserver et le diffuser.
Natou Pedro Sakombi

