
Institutrice de la première heure et militante infatigable de la cause sociale à Rufisque, Ndèye Coumba Mbengue Diakhaté (1924-2001) a laissé une empreinte indélébile dans le paysage littéraire sénégalais. À travers son recueil mythique Filles du Soleil, elle a su transformer le cri de la femme africaine en une poésie de la résilience et du dialogue. Nous redécouvrons celle qui a fait de l’éducation un sacerdoce et de l’écriture une arme contre l’oubli.
Si Kiné Kirama Fall explorait le « drame d’exister », Ndèye Coumba, elle, se faisait la voix d’un combat collectif. Pour cette ancienne de l’École Normale de Rufisque, l’écriture n’était pas un simple exercice esthétique, mais le prolongement de sa mission d’éducatrice. Elle y dénonçait avec une lucidité rare les poids des préjugés et la nécessité pour la femme de s’élever par elle-même.
Elle écrivait avec une force vibrante :
« Être femme, mais ne pouvoir créer ;
Créer, non seulement procréer.
Et femme africaine, lutter.
Encore lutter, pour s’élever plutôt. »
L’œuvre de Ndèye Coumba Mbengue Diakhaté est habitée par une quête de solidarité universelle. Présidente de l’Association pour l’action sociale des femmes de Rufisque, elle prônait une complémentarité harmonieuse entre les sexes. Son poème iconique « Ceinture d’amour » (ou « Si toutes les mains ») reste, encore aujourd’hui, un hymne à la sororité mondiale.
Elle y appelait de ses vœux une union sacrée :
« Si, des femmes, toutes les mains voulaient s’enlacer,
Pour former une ceinture embrassant l’Univers ; […]
Il naîtrait au vieux monde un cœur neuf, plein d’amour et de vie. »
Aujourd’hui, les mots de Ndèye Coumba résonnent avec une urgence particulière. Son analyse du racisme, du sexisme et de la place de la mère dans la cellule familiale préfigurait les débats actuels sur la charge mentale et l’autonomie stratégique dont parle Khadydja Ndoye dans nos pages.
L’héritage de Ndèye Coumba Mbengue Diakhaté ne réside pas seulement dans ses vers, mais dans cette invitation permanente à « assumer son destin dans le destin du monde ». Une leçon de courage qui continue d’irradier, tel un soleil noir, sur les nouvelles générations d’écrivaines sénégalaises.
Babacar NDIAYE Korjo
À toutes les mères
Fête des mères! de ma mère,
De toutes les mères sur terre,
De celles qui ne sont plus…
Mère noire ma mère, jaune, blanche,
De vous toutes, de toi ma mère;
Que par Dieu, ce jour soit béni!
Du monarque au gueux,
Du croyant à l’impie,
Du vertueux au forçat,
Oubliant un instant les guerres,
Les violences, les horreurs
Dans une ronde d’amour,
Encerclant l’univers,
D’un seul souffle d’amour,
Balayant les misères,
Que par Dieu, retrouvés,
Tous disent : O mère sois bénie!
Au cœur du plus sombre bandit
Au coeur du plus sombre bandit,
Du plus immonde individu,
Au fond du limon visqueux,
Il est une fibre d’or.
Une fibre d’or qui ne saurait rompre,
Et qui, toute la vie battra,
Pour rappeler tout le temps,
Au chérubin, paria ou mécréant,
Que d’une femme unique au monde,
Il est l’Enfant Amour.
Mon cœur est ardent
Mon cœur est ardent, comme brûlant, mon soleil.
Grand aussi mon cœur, comme l’Afrique mon grand cœur.
Habitée d’un grand cœur, mais ne pouvoir aimer…
Aimer toute la terre, aimer tous ses fils.
Être femme, mais ne pouvoir créer;
Créer, non seulement procréer.
Et femme africaine, lutter.
Encore lutter, pour s’élever plutôt.
Lutter pour effacer l’empreinte de la botte qui écrase.
Seigneur!… lutter
Contre les interdits, préjugés, leur poids.
Lutter encore, toujours, contre soi, contre tout.
Et pourtant!…
Rester Femme africaine, mais gagner l’autre.
Créer, non seulement procréer.
Assumer son destin dans le destin du monde.
