L’ECOFEST, Festival des Arts et de la Culture de l’Afrique de l’Ouest, se voulait un hymne à l’unité, à la diversité et à la richesse du patrimoine ouest-africain. Porté par l’UEMOA et la CEDEAO, il devait incarner l’ambition d’une Afrique de l’Ouest unie par ses arts, ses traditions et ses voix. Mais à Dakar, ce rêve s’est heurté à une réalité désolante : une organisation défaillante, un manque de vision, et une occasion historique gâchée.

Un festival sans âme, un miroir sans reflet

Comment prétendre valoriser le patrimoine culturel de l’Afrique de l’Ouest sans ses piliers vivants ?
Où étaient les voix fondatrices du Sénégal : Youssou Ndour, Ismaïla Lô, Omar Pène, Viviane Chidid ? Où étaient les musiques religieuses, les ensembles traditionnels, les ballets nationaux, les rythmes du Ngoyane, du Yéla, du Ndioup ?
Comment parler d’héritage sans ceux qui l’incarnent, le transmettent, le subliment ?

L’absence de ces figures et expressions essentielles interroge :

  • Quels ont été les critères de sélection des artistes sénégalais ?
  • Qui a décidé de cette programmation désarticulée, sans ancrage ni cohérence ?
  • Comment justifier l’exclusion de nos racines au profit d’une vitrine sans profondeur ?

Une cacophonie logistique, un silence assourdissant

Le constat est amer :

  • Des artistes de la sous-région venus avec espoir, repartis avec amertume.
  • Des cachets d’artistes non encore versés pour des chèques en attente, des engagements bafoués.
  • Une programmation confuse, un public clairsemé, une communication quasi inexistante.

Le site du Monument de la Renaissance, aussi symbolique soit-il, s’est révélé inadapté : enclavé, difficile d’accès pour les populations des banlieues, exposé aux vents froids de décembre.
Était-ce le lieu idéal pour accueillir un festival censé rassembler et rayonner ? Des spectacles dans des Centres culturels à la place de lieux mythique et touristique comme la Place de la Nation, la Place du Souvenir, Gorée etc..

Une communication invisible, un impact inexistant

ECOFEST n’est pas un festival sénégalais : c’est un événement africain, avec le Sénégal comme hôte.
Pourtant, en dehors du ministère de la Culture, des artistes prestataires et de quelques initiés, qui était réellement au courant ? Où était la mobilisation populaire ? Où sont les retombées économiques pour les Dakarois ? Où est la fierté collective ?

Un échec d’organisation, une alerte pour l’avenir

Monsieur le Ministre de la Culture, le Sénégal regorge de professionnels aguerris de l’événementiel, de talents capables de porter haut l’image de notre pays et de notre continent.
Le choix du comité d’organisation, manifestement déconnecté des réalités culturelles et logistiques, a été une erreur stratégique. Ce festival aurait pu être un manifeste de l’excellence ouest-africaine, Il n’a été qu’un rendez-vous manqué.

L’Afrique de l’Ouest mérite mieux. Le Sénégal mérite mieux. Nos artistes, nos peuples, nos cultures méritent d’être célébrés avec dignité, rigueur et vision. Que cette édition serve de leçon. Que la prochaine soit une renaissance.

Guisse Pene, acteur culturel