Ehia pour une ENAMC digne de son héritage.
Ehia pour une ENAMC à la hauteur du génie créatif sénégalais.
C’est avec tristesse et révolte que j’ai suivi, de près, l’amphi de rentrée de l’École nationale des métiers des arts et de la culture (ENAMC), tenu à l’auditorium du Musée des Civilisations noires. Un lieu prestigieux, certes, mais qui révèle une réalité douloureuse : faute d’espace et de locaux dédiés, l’ENAMC n’est pas encore pleinement une école, car elle est dépourvue de locaux dignes de ce nom.
À défaut, l’institution loue des bâtiments, des salles de classe et des bureaux épars, mal cloisonnés, mal ventilés et mal aérés, disséminés entre Liberté 6 Extension et Sacré-Cœur, le long de la VDN. Comment former à la créativité, à l’innovation et à l’excellence artistique dans des conditions de promiscuité qui étouffent l’inspiration ? Pourtant, l’histoire de cette école est immense. L’école nationale des arts est née d’une vision claire et ambitieuse portée par le Président-poète Léopold Sédar Senghor, qui avait compris que la culture est un pilier de la souveraineté, de l’identité et du rayonnement d’une nation. Près de soixante ans après sa création, force est de constater que cette vision fondatrice n’a pas été pleinement honorée sur le plan infrastructurel.
Quand on regarde l’exemple de l’ancienne ENAM, devenue l’ENA – École nationale d’administration – dotée d’un vaste terrain et de locaux capables d’accueillir aujourd’hui d’autres institutions, comme la récente École de cybercriminalité ; quand on observe l’ENEA, l’École nationale d’économie appliquée, l’École des Douanes ou encore les NEAS ( qui bat de l’aile faute de restructuration ,j’y reviendrai… ), toutes bâties autour d’une culture de l’excellence, une question s’impose : pourquoi l’école des arts, cœur battant de notre identité, serait-elle condamnée à l’errance immobilière ? alors que toutes ces structures que je viens de citer sont si-bien loties aussi bien en infrastructure qu’en surface foncière .
À l’heure où nous nous indignons, à juste raison, de la profanation et de la destruction du patrimoine culturel à Thiès et ailleurs, notamment à travers l’effacement de la fresque du grand artiste Pape Ibra Tall, construire et réhabiliter l’École des arts serait aussi lui rendre justice à titre posthume, et honorer tous les créateurs qui ont bâti la réputation culturelle du Sénégal.
Dans la sous-région, beaucoup se sont inspirés de nous. Aujourd’hui, certains nous dépassent. Allez en Côte d’Ivoire visiter leur école des arts : on dit même que son directeur est issu de notre école ici, au Sénégal. Voilà des exemples qui doivent nous interpeller et nous pousser à agir. Je porte donc un plaidoyer fort pour la construction d’une École nationale des métiers des arts et de la culture moderne, innovante et ambitieuse. Les métiers des arts attirent, et continuent d’attirer. La preuve : les récents concours d’entrée à l’ENAMC ont vu une foule impressionnante de jeunes talents désireux d’intégrer cette institution, qui conserve encore son prestige et son label senghorien, forgé à travers des générations de grands peintres, de lauréats de prix nationaux et internationaux, d’animateurs culturels de renom et de cadres éminents de l’administration culturelle et artistique.
Mais pour rester ce lieu d’excellence, l’école doit intégrer pleinement les nouvelles technologies et développer des filières porteuses : cinéma, audiovisuel, arts du spectacle, photographie, teinture et design textile – notamment le batik –, afin de renouveler l’offre de formation et garantir de véritables débouchés professionnels aux futurs diplômés. C’est pourquoi j’en appelle à l’action urgente et déterminée du nouveau ministre de la Culture, Monsieur Amadou Ba. Monsieur le Ministre, de grâce s’il en est de vos moyens, doter l’ENAMC d’un espace d’expression plus ouvert, plus inspirant, plus propice à la création. Car oui, la promiscuité tue la créativité et étouffe des talents innés qui ne demandent qu’un cadre adéquat pour s’épanouir et sublimer leur art.
Faisons des propositions concrètes. Pour ma part, je suis prêt à fermer un commissariat pour rouvrir, en lieu et place, cette nouvelle École nationale des métiers des arts et de la culture. À défaut, regardons du côté du Canal 4, ancien emplacement de l’école – le terrain existe peut-être encore. Je peux me tromper. Ou plus proche encore, à côté du Centre culturel Blaise Senghor, entre les locaux du Secrétariat d’État : un terrain qui pourrait parfaitement faire l’affaire. Bref, c’est la passion qui parle, mais aussi la raison.
Construire l’ENAMC, ce n’est pas bâtir un simple édifice : c’est investir dans l’âme du Sénégal, c’est préserver notre héritage, et c’est préparer l’avenir de notre création culturelle et artistique .


Ehia pour une ENAMC à la dimension de son aura.
Ehia pour une ENAMC digne de son héritage.
Ehia pour une ENAMC à la hauteur du génie créatif sénégalais.
Au-delà du plaidoyer pour la construction d’une École nationale des métiers des arts et de la culture, ou à défaut pour lui trouver des locaux adéquats à Dakar, le temps de finaliser le grand projet structurant annoncé à Diamniadio ou dans la nouvelle ville, il nous faut être lucides. Oui, il nous faut des rêves. Mais ayons aussi des oreillers pour adoucir ces rêves. À défaut de réunir les financements nécessaires pour une école entièrement nouvelle, usez de votre génie, Monsieur le Ministre, pour reloger dignement ce qui fait déjà la richesse vivante de l’ENAMC :
les étudiants artistes déjà confirmés, les professeurs professionnels, engagés et rompus à la tâche, le personnel passionné, éprouvé par des années de précarité silencieuse.
Il y va aussi de l’image et du blason du Sénégal, qui se doit, en cette ère de souveraineté affirmée, de disposer d’une école des arts digne de ce nom, à l’image du Stade Me Abdoulaye Wade pour le football.
Me Wade, ai-je dit ? Oui, lui qui n’a pas hésité à prélever une partie de l’ancienne      annexe de la Police pour y ériger la Maison de la Presse sur la Corniche. Voilà une œuvre inspirante, audacieuse et profondément impactant. Une décision à méditer. Ce plaidoyer s’adresse aussi au Ministre de la Culture que vous êtes, mais aussi au Premier ministre Ousmane Sonko et au Président Bassirou Diomaye Faye, porteurs d’un projet de rupture, de dignité et de réhabilitation de nos institutions symboliques.
Et last but not least, je prends la balle au bond pour élargir ce plaidoyer à un autre manque criant de notre architecture culturelle nationale : l’érection de la Bibliothèque nationale du Sénégal. Ce bijou tant rêvé, tant attendu, manque encore à notre collection nationale. Pourtant, le projet existe. J’ose espérer qu’il avance, qu’il chemine, et qu’il verra le jour, un jour prochain. Je pense ici au Professeur Samb, que Dieu lui prête longue vie, et à tous ceux qui portent cette ambition depuis des décennies. Monsieur le Ministre, je vous ai entendu parler de ce fort plaidoyer lors de l’atelier d’installation du comité nationale de la mémoire et du patrimoine historique , de la nécessité de porter des idées généreuses et géniales. Alors oui, pourquoi ne pas ériger notre Bibliothèque nationale sur l’une des emprises coloniales laissées par l’armée française (le camp de Ouakam par exemple) ? Ce serait une preuve visuelle, matérielle, idéale  et parlante de notre souveraineté assumée.


Au-delà du symbole, ce serait un acte de réaffirmation de notre destin, de notre liberté intellectuelle, de notre capacité à transformer les vestiges de la domination en temples du savoir et de la création. Monsieur le Ministre, je vous souhaite sincèrement de gagner ce plaidoyer.
Je sais que le foncier aiguise beaucoup d’appétits dans ce pays. Mais si vous réussissez, nous réussirons tous. Et surtout, si vous réussissez, n’oubliez pas d’y ériger aussi une École nationale des métiers des arts et de la culture.
C’est tout le mal que l’on vous souhaite.Avec passion. Avec espoir. Avec foi en la culture comme socle de notre souveraineté et levier de tous nos progrès sociaux
Ehia pour une ENAMC à la dimension de son aura.
Ehia pour une ENAMC digne de son héritage.
Ehia pour une ENAMC à la hauteur du génie créatif sénégalais.

Post-scriptum: Monsieur le Ministre  ,j’espère que la poésie vous parle
C’est la langue du cœur ,que je préfère !


Amadou Moustapha DIENG
 Journaliste culturel, Poète et Chercheur.