Un colloque international et interdisciplinaire consacré à l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop se tiendra du 26 au 28 octobre 2026 à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. L’événement vise à rendre hommage à une figure majeure des Lettres africaines contemporaines à l’occasion de son 80ᵉ anniversaire, tout en ouvrant un espace de réflexion sur une œuvre riche, plurielle et profondément engagée

Considéré par certains comme «l’un des rares nobélisables dans les lettres d’Afrique francophone», l’auteur a bâti sa réputation grâce à une production prolifique couvrant près d’un demi‐siècle et plusieurs genres, notamment le roman, la nouvelle, le théâtre et l’essai. De Le Temps de Tamango suivi de Thiaroye, terre rouge (1981) à Un Tombeau pour Kinne Gaajo (2024), ses écrits interrogent les angoisses existentielles des sociétés africaines postcoloniales ainsi que les défis liés à la souveraineté et à la construction nationale.

À travers ses fictions, Boubacar Boris Diop met en scène des personnages confrontés à des conflits idéologiques, sociaux et poli‐ tiques, révélateurs des tensions entre institutions et groupes sociaux. Cette profondeur thématique explique l’intérêt académique croissant pour un corpus désormais perçu comme incontournable pour comprendre certaines dynamiques intellectuelles du continent.

Une œuvre entre engagement et revalorisation linguistique

Au‐delà de son abondante bibliographie, l’écrivain s’est distingué par un choix audacieux : écrire en wolof, sa langue maternelle. En s’inscrivant dans la voie tracée par des figures comme Ngugi Wa Thiong’o ou Cheikh Aliou Ndao, il a contribué à la revalorisation des langues africaines et à la démonstration de leur potentiel esthétique et philosophique.

La publication de Doomi Golo en 2003 marque un tournant. Inédit pour un auteur francophone de grande renommée. Cette initiative s’est poursuivie avec d’autres œuvres ainsi que des activités d’édition, d’enseigne‐ ment et de diffusion culturelle participant au rayonnement du wolof.

Parallèlement à son travail littéraire, Boubacar Boris Diop s’est imposé dans l’espace public sénégalais grâce à une carrière journalistique notable. Il a collaboré avec plusieurs Rédactions, dont Afrique Tribune, Waraango, Sud Hebdo et Sud Quotidien, tout en dirigeant le mensuel Démocraties et le quotidien Le Matin. Cette présence médiatique constante renforce son image d’intellectuel attentif aux mutations politiques et sociales. 

Ses essais traduisent également une volonté de décrypter les relations complexes entre l’Afrique et ses anciens colonisateurs. Dans La Gloire des imposteurs (2014), coécrit avec Aminata Dramane Traoré, il s’attache à éclairer les jeunes générations sur les mécanismes politiques susceptibles d’entraver la paix et la souveraineté des États africains. En 2023, au plus fort de la crise politique au Sénégal, il a encore pris position en publiant un texte dénonçant les dérives du pouvoir aux côtés de Felwine Sarr et Mouhamed Mbougar Sarr.

Un rendez‐vous scientifique pour interroger un héritage majeur

Présenté comme un « intellectuel embarqué dans la galère de son époque », l’écrivain mobilise mémoire et témoignage pour se prononcer sur la marche du monde. L’ensemble de ses productions — littéraires, média‐ tiques, politiques et philosophiques — constitue un corpus jugé suffisamment consistant pour justifier une rencontre scientifique d’envergure.

Le colloque ambitionne ainsi de croiser les regards sur les grandes lignes et les apports de cette œuvre multidimensionnelle. Plu‐ sieurs axes de réflexion sont proposés aux chercheurs : la production littéraire de l’auteur, sa carrière journalistique, son travail de traduction, son œuvre théorique, son rôle d’enseignant, ses interventions publiques, son combat pour les langues africaines ou encore son action dans le domaine de l’édition au Sénégal.

Pilotée par un comité scientifique inter‐ national réunissant des universitaires d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, la rencontre se veut résolument ouverte et interdisciplinaire. Les propositions de communication sont attendues jusqu’au 30 avril 2026, signe de la volonté des organisateurs de mobiliser largement la communauté académique.

Plus qu’un simple hommage, ce colloque devrait offrir l’occasion de mesurer l’empreinte laissée par Boubacar Boris Diop dans le paysage intellectuel africain et international. 

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