
L’ouvrage NOOLAJATA, Une version sénégambienne de la geste de Sunjata, recueilli et édité par Amadou Bouyé KOUTOUDIO et publié par Ruba Éditions, constitue une contribution majeure à la documentation de la littérature orale ouest-africaine. Ce travail offre une perspective régionale unique sur l’épopée fondatrice de l’Empire du Mali.
Une Version Sénégambienne
L’origine de cette version remonte à un recueil effectué en 2002 auprès du jaly (griot) Jaly Mori Sousso, alors résident en République de Gambie. En sa qualité de comparatiste littéraire, Amadou Bouyé KOUTOUDIO cherchait à documenter la diversité des récits, partant du principe que, bien que toutes les communautés mandingues partagent le NKO comme base linguistique, les nombreux dialectes entraînent une absence d’homogénéité totale des formes culturelles.
L’intérêt principal de cet ouvrage est que chaque version de l’épopée de Sunjata cristallise les vertus et valeurs auxquelles s’attache sa communauté d’origine, en transposant son organisation sociale, ses coutumes et ses croyances. Cette version sénégambienne diversifie ainsi davantage les sources orales de la vie et de l’œuvre de Sunjata, cette grande figure historique africaine. L’auteur note d’ailleurs que son travail permettra de remarquer les nombreuses similitudes et différences avec d’autres versions célèbres.
L’Enfance Extraordinaire de Sunjata
L’épopée détaille l’enfance « extraordinaire » du héros. Un épisode central est celui de la moquerie que subit sa mère, Sugulun Konte (ou Sungulun), de la part de ses coépouses. La mère est humiliée car Sunjata, qui ne savait pas encore marcher, ne pouvait lui procurer de feuilles de baobab, un condiment essentiel.
Blessé par les paroles, Sunjata, qui était un fils prédit par les oracles, se lève pour la première fois. Il accomplit alors un prodige en déracinant l’unique baobab du village de Manding-Niani, déposant toutes ses feuilles sur le mirador de sa mère, signifiant qu’elle ne manquerait plus jamais de ce condiment.
Héritage Spirituel et Maître en Sorcellerie
Le récit aborde également la question de la succession à la mort du père de Sunjata (Farakoro Maxaŋ). C’est son frère aîné, Dankaran Touman, qui est installé comme dirigeant par le Manding, bien que le père ait pressenti que Sunjata serait le futur maître.
Lésé dans le partage de l’héritage, Sunjata surprend en déclarant qu’il n’avait besoin que des griots et des forgerons de son père, choisissant ainsi de valoriser un héritage culturel et politique plutôt que les biens matériels.
Par ailleurs, les tentatives de lui nuire par des jeteurs de sort, notamment à l’instigation de sa coépouse Sassouma Bérété, échouent lamentablement. Les sorciers se retirent en déclarant que Sunjata était « leur maître en la matière », car il corrigeait leurs erreurs et leur montrait des choses qu’ils ignoraient. Ces tensions mènent à l’exil de Sunjata et de sa famille, avant son retour pour vaincre Soumaoro lors de la bataille de Dakajalan.
Babacar Korjo Ndiaye
