À toi frère d’art, à toi ami.e, frère Slameur, soeur slameuse, à toi passionné.e de slam, toi qui doutes parfois, toi qui crois qu’il faut apparaître sur une liste, remporter une compétition, intégrer un cercle ou un lobby pour exister vraiment.
Beaucoup pensent que leur avenir artistique dépend d’une structure : une ligue, un collectif, une institution. Ces choses peuvent aider, oui. Mais elles ne doivent jamais devenir ton seul horizon.
Ce sont tes mots, ton travail, ta discipline qui construiront ton chemin.
Je ne dis pas qu’il faut fuir les collectifs. Ils peuvent être utiles, formateurs, parfois même nécessaires. Mais ne remets jamais ton destin entre les mains d’un jury, d’une organisation, ou d’un système, aussi bienveillant ou imparfait soit-il.
La ligue Sénégalaise de Slam, dont beaucoup parlent ces derniers jours, n’est qu’une initiative individuelle devenue apparente en forme.
Ce qu’il convient de retenir :
. C’est qu’elle est avant tout une initiative individuelle.
. Elle a, à maintes reprises, montré son incapacité à organiser correctement une compétition et à accompagner ou promouvoir ses champions. Je parle en connaissance de cause, car je l’ai moi-même subi. Mais pour moi, ce n’est pas là le vrai débat, car il existe pour nous des enjeux bien plus importants.
. Hors compétition, son statut de structure ne l’oblige en rien à accompagner les slameurs, tout comme les collectifs de slameurs reconnus.
. À ce jour, il n’existe pas de structure unique représentant officiellement le Slam Sénégalais, car chaque artiste peut légitimement représenter cette discipline à travers ses oeuvres.
. Les financements dont bénéficient la Ligue et autres anciens dans le passé sont accessibles à tous, à condition de rédiger des projets solides et de les soumettre aux bonnes instances.
. La Ligue doit être perçue comme une structure parmi d’autres : elle organise des compétitions, tout comme d’autres organisent des compétitions, événements, produisent des contenus, ou font la promotion du Slam de manière autonome depuis plusieurs années sans nécessairement bénéficier d’un accompagnement institutionnel.
Ce qui serait grave, ce serait de croire qu’en dehors d’elle, tu n’as pas ta place.
Alors crée. Même avec peu. Même avec rien. Cherche des solutions, pas des excuses. Apprends à monter un projet, à frapper aux bonnes portes, à rédiger une
demande de subvention. Il existe des gens compétents, bienveillants, prêts à t’aider. Va les chercher.
Quant aux trophées, ce sont des souvenirs. J’en ai reçu. Je sais ce que ça vaut. C’est flatteur un temps, mais ce n’est pas ce qui construit un artiste.
Ce qui te fait grandir, c’est l’oeuvre. Le silence de l’écriture. La scène qui tremble sous tes pas. Les vers nés de tes douleurs. Le travail honnête, constant, ancré. Ce n’est pas le talent seul qui porte, c’est l’engagement sincère.
Tu attends qu’on te soutienne ? Et si on te soutient pas ? Tu attends qu’on te voit ? Et si on ne te voit pas ? Ce n’est pas grave.
Tu n’es pas entendu ? Tant mieux. Parce que toi, tu t’entends. Tu sais ce que tu portes. Et c’est suffisant.
Si on te laisse dehors, bâtis ta propre maison.
Une maison faite de mots, de sueur, de nuits blanches et de convictions profondes. Mur après mur. Rime après rime. Pas besoin d’un badge pour être légitime. Pas besoin d’un trophée pour être vivant.
Par mon expérience et celle d’autres qui initient, j’en ai la certitude.
Alors relève la tête. Prends ton stylo.
Écris. Dis. Crée. Suis ton propre rythme.
Et avance. Brique par brique.


Meissa Mara
Entrepreneur Culturel – Écrivain Poète – Artiste Slameur