À moins d’un mois de son ouverture, la 5ᵉ édition du Salon du livre africain de Paris traverse une crise majeure. Initialement prévu du 20 au 22 mars 2026 à la Halle des Blancs-Manteaux, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris, l’événement a été brutalement privé de son site d’accueil, réquisitionné dans le cadre du Plan Grand Froid pour l’hébergement d’urgence de personnes sans abri.

Pour les organisateurs, le choc est immense. « On ne peut pas imaginer pire situation », confie Erick Monjour, directeur du salon, joint par ActuaLitté. « Vous vous retrouvez du jour au lendemain sans lieu. C’est une catastrophe. »

Au fil des années, le Salon du livre africain de Paris s’est imposé comme une plateforme incontournable pour les auteurs du continent africain. « C’est comme cela que le salon a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, tous les auteurs africains qui veulent exister sur la scène internationale viennent à Paris pour cet événement. »

Impossible de reporter 

L’information est arrivée par courrier électronique. « Je n’ai même pas eu quelqu’un au téléphone. Pour un événement de cette ampleur, on appelle les gens. C’est la moindre des choses. »

La Halle des Blancs-Manteaux devait accueillir l’intégralité du salon : stands d’éditeurs, rencontres professionnelles, conférences, tables rondes et remise de prix. L’espace avait été mis à disposition gracieusement par la Ville de Paris, partenaire de l’événement.

La municipalité a proposé un report à une date ultérieure, au printemps. Une option jugée impraticable par l’organisation. « Reporter aurait été envisageable si nous n’avions que des éditeurs français. Mais là, on parle d’un salon international. Nous avons près de 300 personnes qui viennent d’Afrique. Les visas se préparent trois ou quatre mois à l’avance. Les billets sont pris, les hébergements réservés. Ce n’était pas réaliste de leur dire : “Refaites vos démarches.” »

Une solution de repli à 90 %

L’impact ne se limite pas au changement de lieu. C’est toute l’architecture éditoriale de l’événement qui vacille. « Cette édition va être amputée d’une journée complète et de toute la partie programmatique telle qu’elle était prévue. C’est quatre mois de travail remis en cause », explique Erick Monjour.

Une quarantaine de tables rondes étaient programmées, ainsi qu’une journée professionnelle réunissant éditeurs, traducteurs et acteurs du monde du livre. « Au moment où on parle, une cinquantaine d’auteurs invités ne pourront plus intervenir dans les débats prévus. Les pays invités d’honneur avaient construit des séquences spécifiques autour de la thématique 2026. Tout cela tombe. »

Une alternative est en passe d’être finalisée : le Réfectoire des Cordeliers, situé dans l’ancienne École de médecine, dans le 6ᵉ arrondissement. « Il y a 90 % de chances que nous délocalisions le salon là-bas. Ce serait du samedi au dimanche uniquement, et non plus du vendredi au dimanche. » Une journée amputée.

L’annonce officielle reste suspendue à une validation finale. « Ce n’est pas une question de disponibilité du lieu, mais une question financière. » Car contrairement aux Blancs-Manteaux, la nouvelle implantation ne serait pas gratuite. « Nous allons devoir payer une location. Pour nous, c’est une grande difficulté. »

Une course contre la montre

Depuis l’annonce de la réquisition, l’équipe tourne à plein régime. « Depuis le début de la semaine, je passe mes journées au téléphone. J’ai contacté toutes les salles possibles à Paris », explique Erick Monjour. Mais les rares lieux disponibles affichent des tarifs dissuasifs. « On nous parle de 15.000 à 20.000 euros par jour. C’est impossible pour nous. »

Au-delà du prix de location, un changement de site implique de revoir toute l’organisation : plans des stands, circulation du public, dispositifs techniques, sécurité, assurances. « Ce n’est pas juste déplacer des tables. Il faut tout repenser en quelques semaines. » L’option étudiée est désormais celle d’un format hybride. Un lieu principal accueillerait les éditeurs et les dédicaces, afin de préserver le cœur du salon.

En parallèle, certaines rencontres pourraient être organisées « hors les murs », dans des espaces partenaires situés à proximité. « Si nous trouvons des salles proches et abordables, nous essaierons de sauver une partie des tables rondes. Mais il faut des lieux gratuits ou très peu chers. Et en si peu de temps, c’est extrêmement compliqué. »

Un contexte politique sensible

La réquisition intervient à moins d’un mois des municipales. « Si nous n’avions pas été en période électorale, je ne suis pas certain que cela se serait passé ainsi. L’année dernière, il a fait froid aussi, et la Halle n’avait pas été réquisitionnée », analyse Erick Monjour.

Il tient toutefois à préciser qu’il ne remet pas en cause le principe du Plan Grand Froid. « C’est normal que la mairie s’occupe de l’hébergement d’urgence. Le seul problème, c’est l’absence d’anticipation et la brutalité de la décision. »

Il rappelle également que la Halle des Blancs-Manteaux est un équipement structurant du quartier. « Nous sommes très impactés, mais nous ne sommes pas les seuls. Les écoles, les associations, les activités sportives du quartier le sont aussi. »

L’objectif est désormais clair : sécuriser le nouveau lieu, communiquer rapidement et maintenir, coûte que coûte, l’essentiel de la manifestation. « On va se battre pour que le salon ait lieu. Mais ce ne sera pas celui que nous avions imaginé. » À quelques semaines de l’ouverture, l’organisation joue sa crédibilité, sa solidité financière et l’avenir d’un rendez-vous devenu central pour la littérature africaine à Paris.

Sollicitée par ActuaLitté sur la chronologie de la réquisition, les solutions de relogement et les éventuelles compensations financières envisagées, la Ville de Paris n’était pas disponible pour répondre au moment de la publication.

Crédits photo : Édition 2025 du Salon du livre africain de Paris,  à la Halle des Blancs Manteaux (Salon du livre africain de Paris)

Par Hocine Bouhadjera
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