WAAW KUMBA : Un hymne poétique aux femmes du Sénégal
J’avoue… je croyais connaître Babacar Ndiaye : le fondateur de Sénégal Njaay Mag, un magazine à la fois littéraire et culturel qui documente avec sérieux et passion la vie des lettres et des arts au Sénégal. Un homme de dossiers, de chroniques, de coups de projecteur sur les autres. Mais avec WAAW KUMBA, publié aux éditions L’Harmattan, il se révèle autrement : poète, sensible, parfois nostalgique, et surtout profondément attaché aux figures féminines qui ont façonné notre histoire et nos mémoires.

Le titre, WAAW KUMBA, est en lui-même un clin d’œil. « Waaw Kumba » en wolof, c’est ce « Oui Kumba » qu’on lance avec admiration ou complicité. Ici, il devient un cri poétique pour célébrer les femmes sénégalaises, qu’elles soient légendaires ou anonymes. On y croise Ndatté Yalla Mbodj, lingère de son royaume et stratège militaire ; Aline Sitoé Diatta, prophétesse et résistante de Casamance ; Fatou Mané, guérisseuse aux dons mystiques et protectrice des lieux sacrés sérères. Mais aussi ces femmes de Diaobé et de Pout qui, sans tambour ni trompette, ont bâti des foyers, nourri des générations et transmis des valeurs.

L’un des passages les plus touchants est cette partie entière dédiée à sa défunte grand-mère. On sent qu’il ne s’agit pas seulement d’un hommage, mais d’un acte d’amour, comme si l’auteur avait voulu l’inscrire à jamais au panthéon de ces femmes fortes. Et là, on découvre une autre facette de Babacar Korjo : derrière le fondateur de magazine, il y a un petit-fils au cœur chamallow qui, plume à la main, dépose ses souvenirs comme on dépose des fleurs.

La structure du recueil témoigne aussi d’un vrai travail de mise en valeur : les poèmes sont regroupés par appartenance ou par thème, formant des ensembles évocateurs tels que Perles d’or et éclats de vie, Amazones et reines, Figures religieuses, et Les fées du travail. Chaque section devient un chapitre de l’histoire des femmes sénégalaises, avec son ton, ses images et son énergie propres.

Poétiquement, le livre navigue entre l’éloge lyrique et la restitution historique. Les vers s’ouvrent sur des images fortes, parfois simples mais chargées de symboles, qui rappellent que la poésie peut aussi être un outil de mémoire. WAAW KUMBA n’est pas juste un recueil pour la beauté des mots, c’est aussi un livre qui ancre dans nos esprits la place centrale des femmes dans la construction de notre société.

Dans un paysage littéraire sénégalais où la poésie féminine occupe de plus en plus le devant de la scène, WAAW KUMBA apporte un contrepoint essentiel : un regard masculin, respectueux et admiratif, qui met en lumière la contribution des femmes à l’histoire et à la culture. En rassemblant dans un même ouvrage figures historiques, héroïnes populaires et proches personnelles, Babacar Korjo Ndiaye participe à une entreprise de sauvegarde mémorielle. Ce livre s’inscrit ainsi dans la continuité des grandes œuvres de transmission, tout en renouvelant l’hommage poétique par une approche structurée et incarnée.

En le refermant, on se dit deux choses : d’abord, qu’on devrait tous avoir un « Waaw Kumba » dans notre vie à qui rendre hommage ; ensuite, que même les figures les plus sérieuses de la littérature peuvent nous surprendre avec des pages pleines de tendresse.

En résumé : un mélange de poésie, d’histoire et d’émotion, qui donne envie de dire « Waaw ! » tout court.

Preitty Writer