La candidature du sénégalais Amadou Lamine Sall au poste de Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie  (OIF) est en train de se fondre comme du beurre de karité au soleil. Depuis qu’il a été saisi officiellement sur la question, le Président Diomaye Faye qui est pourtant constitutionnellement, le protecteur des arts et des lettres, s’est hélas, emmuré dans un silence assourdissant. Cette candidature qui est même connue des morts, pour paraphraser le poète, est portée depuis plusieurs mois par des Africains, du monde culturel, artistique, académique, politique même, depuis l’étranger. À un mois de la clôture du dépôt des candidatures, le poète Émérite Amadou Lamine Sall brise le silence dans cet entretien à bâtons rompus qu’il a bien voulu nous accorder.

Propos recueillis par Siaka NDONG

Monsieur Amadou Lamine Sall bonjour. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Par ordre alphabétique, je suis poète et ensuite écrivain et puis observateur qui se veut engagé pour les causes culturelles et artistiques et républicain de cœur respectueux de l’État. Les poètes ne construisent pas des routes, des ponts, des hôpitaux. Matériellement, cela incombe aux hommes politiques arrivés à la tête de l’État. Notre mission est d’élever les consciences et de garder l’altitude de l’esprit. Il n’y a pas pire que l’inculture ! Elle est le premier danger d’une société ! Il n’existe pas de pays sous développés, mais des femmes et des hommes sous développés, c’est à dire sans culture !

Le prochain Secrétaire Général de l’OIF sera connu en novembre 2026 lors du Sommet de Phnon Penh, au Cambodge. Où est-ce que vous en êtes avec votre candidature, quand on sait que la période de dépôts des candidatures s’achève le 3 avril prochain ?

Tout, tout ce qui devait être fait a été fait. Ma candidature est même connue des morts ! Je suis bouleversé par le nombre de soutiens des Sénégalais de tous bords, des Africains, du monde culturel, artistique, académique, politique même, depuis l’étranger. Il se passe que notre président de la République -mon Sérère si silencieux- est, depuis près de sept mois, sans mot, sur ma candidature. Je lui ai écrit. Pas de réponse. Des Sénégalais généreux lui ont écrit, d’autres lui ont parlé. Le silence toujours. Par contre, je possède un message écrit d’un de ses ministres conseillers qui m’a signifié que ma candidature était impropre, affaiblissant à sa manière celle-ci. Je lui ai répondu par écrit. D’autres, proches de Monsieur le PR, se sont prononcés imprudemment sur cette manière, disent-ils, qu’avait prise le volume de ma communication qui privilégiait la presse et non la proximité avec la présidence de la République. J’avoue n’avoir pas compris cette posture d’accusation bizarre. Elle cache du venin. J’ai eu à mettre de l’ordre et de la vérité dans ces postures étranges à mon égard, en échangeant avec un autre Conseiller du Président, fort aimable, à qui j’ai envoyé une copie de ma lettre au Président, lui demandant de soutenir ma candidature bien avant que ma campagne dans la presse ne commence. Il fallait rétablir la vérité. Malgré toutes ces péripéties, c’est toujours silence radio de la part de mon honorable Sérère. Le Président a de la chance que le peul, depuis Senghor, ait rendu les armes aux Sérères ! Personne ne comprend pourquoi ce très long silence du Président ! Juste un oui ou un non ! Par élégance dans un respect mitoyen ! Pour moi, un PR est sacré. La République est sacrée. Je vais tourner la page et retourner à mes livres qui sont, en réalité, mon vrai espace de vie, mon Paradis préféré. Le ministre de la Culture comme le PM m’ont apporté leur soutien. J’en suis très touché. Reste le patron des patrons ! Je n’ai pas de chance ! Je rentre à la maison. Ma famille, mes amis, mes livres, remplaceront l’OIF !

Le temps presse. Êtes vous optimiste relativement au soutien du Président Bassirou Diomaye Faye à cette candidature ?

Sans l’accord du Président, rien n’est possible. Cela relève de sa seule compétence. La candidature d’un poète pourrait ne pas être évidente. Mais c’est là où se joue la différence avec les technocrates. Face à l’objection « pourquoi un poète et non un diplomate, un ministre, un ancien PR ? » Parce que la Francophonie a besoin d’une âme avant d’avoir besoin d’une administration. La crise actuelle est une crise de sens. Un poète peut redonner du souffle là où les purs et nus technocrates butent. Et puis, que ceux qui pensent que je ne remplis pas les conditions pour le poste, aillent consulter les critères d’éligibilité. Je coche toutes les cases et même plus et mieux. Je voulais rencontrer le PR. Ma demande d’audience n’a pas eu, là aussi, de réponse. Il se passe quelque chose et cette chose est moche. Je garde ma dignité. Elle n’est pas négociable. Dieu m’a comblé. J’ai une vie incroyable et ce n’est pas fini. Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Je suis dans les bras d’Allah et je LE laisse décider de ce qui est le mieux pour moi. Déçu ? Non ! Mais triste, très triste. Un poète ne ressent pas le même poids de tristesse que les autres. Nous sommes des êtres de bonté, d’émotion, de partage, de beauté, de paix et de liberté. Oui, je suis arrivé à regretter d’avoir accepté cette candidature à la tête de l’OIF. Elle est empoisonnée quoique si belle. J’ai des rêves pour la Francophonie et elle m’a tout donné. Pour moi, elle est plus qu’une « confrérie linguistique.» Elle est une âme !

Le dernier mot ?

Le dernier mot appartient plutôt à notre Président de la République. J’ai accompli ma mission. Par respect républicain, par éthique et par dignité, je n’aurais pas accepté d’aller épouser cette candidature si j’étais sûr que je ne ferais pas des enfants avec elle. Je remplis toutes les conditions et au-delà. Ma vie littéraire et administrative au sein du ministère de l’Intérieur d’abord, puis au ministère de la Culture, ensuite et mes autres missions confiées au sein de l’Unesco, de l’OIF elle-même, me mettent à l’abri de toute incompétence prouvée. Mon entrée dans le dictionnaire français ajoute un honneur à ma vie de poète. Mes respects et ma très sincère affection à mon Sérère, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye ! Avec cette déclinaison sonore, plus Sérère que lui, tu meurs ! L’OIF ? Avant le mois d’avril 2026 prévu pour la clôture officielle de la pose des candidatures, je m’en remets au précieux et incontournable portier Diomaye ! Depuis août 2025, j’attends dehors. La porte n’est pas toujours ouverte. Pourtant je n’ai jamais eu froid. Mais je suis triste et étonné de ce silence de sept mois de Monsieur le PR ! Mon pays n’a jamais ressemblé à une armure ! Les Sénégalais ont un cœur de roseau : juste les respecter, les aimer !