Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. 

Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.

Selon le Centre National des ressources textuelles et lexicales, la poésie est définie comme un genre littéraire associé à la versification et soumis à des règles prosodiques particulières, variables selon les cultures et les époques, mais tendant toujours à mettre en valeur le rythme, l’harmonie et les images.

La poésie est aussi un genre littéraire dont le nom vient du grec poiêsis, mot dérivé du verbe « poien » qui signifie « faire/fabriquer, créer ». La poésie est donc un processus de création dans lequel le poète est acteur de ce qui se construit. La poésie relève aussi souvent d’une recherche de création langagière particulière. Cela passe notamment par la création d’images dans l’imaginaire du lecteur et possède son propre rythme musical selon la forme choisie par le poète. De même, la poésie possède son propre vocabulaire :  les paragraphes sont des strophes, les lignes deviennent des vers libres, en octosyllabes, décasyllabes, alexandrins, etc. La prose devient une prose poétique et les rimes peuvent être riches, pauvres, suffisantes et ses vers enjambés, suivis, etc.

On entend souvent dire que la poésie se meurt, qu’elle ne remplirait plus ses fonctions de transmission culturelle, artistique, humaine. Or, on constate qu’il n’en est rien. Il suffit simplement de regarder autour de soi, de déplacer son regard pour capter dans le vent sa belle vitalité et de voir qu’elle n’a jamais été aussi vivante, aussi présente.

La sensibilité poétique, l’acte poétique militant, la configuration des mots et du rythme sont partout, dans les poumons des villes, dans les rues, sur les écrans illuminés, glissés et revendiqués dans les réseaux sociaux, là où les hommes et les femmes cherchent du lien et sont en quête de sens. Les regards s’aiguisent d’une nouvelle poétique, comme un esthétisme moderne où rien ne meurt et où tout renaît. 

La poésie de Ndongo Mbaye fait partie de cet imaginaire moderne qui témoigne, comme à toute époque, de la possibilité de transcender la réalité par des images denses, flamboyantes qui disent et qui racontent notre monde empreint d’altérité. 

Épris d’une poésie viscérale, Ndongo Mbaye est un poète au long cours qui trace une œuvre, depuis vingt ans, dans un univers profondément lyrique qui a force de symbole. 

Avec Les poètes meurent aussi, Ndongo Mbaye réhabilite notre mémoire, notre patrimoine littéraire, historique et culturel en  friche, comme un messager du temps qui, la rime en bandoulière, n’a de cesse d’allitérer, de scander et de rythmer. C’est ainsi que le poète Ndongo Mbaye nous donne sa sollicitude et nous fait regarder le monde qui s’étiole, une terre « où les mots ne sont rien », face à la douleur des injustices humaines. 

La poésie seule ne peut pas résoudre les tragédies humaines mais la conviction poétique et l’engagement unitaire et nomade, artistique et citoyen peuvent susciter le réveil des sociétés pour les faire renaître. 

La pulsation poétique qui traverse le recueil du poète Ndongo Mbaye est un hymne à la vie, poétisant comme une voix sonnante qui franchit les temps, tous les temps et les terres qui renaissent. 

Le verbe de Ndongo Mbaye, qui s’affiche comme un puissant remède au monde, est aussi une parole d’espoir, de justice, de miroitement et de concordance humaine. 

La cadence rythmée qui impose ses variations poétiques tout au long du recueil est un message spirituel de luminosité et de partage. 

Au bout du petit matin 

Des airs de flûte des mornes aux paroles languissantes profondes

Gloussant de vieilles antiennes initiatiques

Des airs de jazz triés sur le volet

Arborant tous les drapeaux

Pour installer sur la terre entière

Les Soleils naissants d’une Nouvelle Humanité

Horizon de libertés créatrices

Au fil des pages, nous devenons avides des mots de Ndongo Mbaye qui résonnent comme autant de souffles révélés poignants, à la charge poétique incandescente, émouvante et qui nous transporte aux confins des chemins rouges et fiers de l’Afrique et de ses multiples chants. C’est que Ndongo Mbaye est un poète inspiré par une cosmogonie imaginaire féconde qui pénètre toutes les sensibilités. 

Son écriture ensoleillée, habile, habitée d’images flamboyantes des êtres, des visages, de la grandeur du monde, nous fait oublier les drames, les désespoirs qui nous tiennent tels des silhouettes noyées dans le long chemin de l’histoire massacrée.

Nous avons traversé des océans de turpitudes

Des chemins de feu

Des volcans de désespoir

Des nuages de haine

Des pluies de larmes

Et depuis toujours

Nous sommes debout

L’esthétisme poétique de Ndongo Mbaye ressemble à une architecture prodigieuse, ardente et lumineuse, qui joue de surprenantes métamorphoses enchâssées dans le verbe, en quête d’un rythme sans cesse renouvelé. 

Les Mots du poète

Fulgurent rapides

Ou augurent lents

Mais toujours saisis de convulsions

Couverts d’émulsions

Non  sujets au doute de la Raison

À la ruse de l’Histoire

Enclins à cracher du feu

À répandre des étincelles

À se frotter aux désirs

Des baobabs essentiels

La poésie de Ndongo Mbaye, cathartique et fabuleuse, porte la volonté d’une œuvre artistique majeure dans le paysage littéraire contemporain. Ndongo Mbaye se fait le défenseur, à la suite des maîtres du verbe et de la parole, de l’éclat sacré de la terre porteuse d’humanité, du chant partagé qui prend sa source dans l’exigence poétique universelle. 

Quand je mourrai

Le plus tard 

Si possible

Le plus tôt moment d’un jour radieux

D’une nuit luminescente et sereine

Jamais entre chien et loup

À l’abri des regards obscurs assassins

Que s’égrènent les sons métalliques cristallins

D’une kora aux douceurs

Symphoniques mélodies rieuses

Chansons mélodieuses

D’une marche funèbre pastorale

Les flambeaux de la renaissance s’allument comme des étoiles exaltées qui éclairent notre route, notre patrimoine historique, nos combats, nos différences, notre mémoire lacérée qui n’en finit pas de mourir et de renaître. 

C’est le martèlement des sons de la poésie de Ndongo Mbaye qui nous rend meilleurs, qui nous arme de savoir et de musique libérant nos vies perlées d’espoir. 

L’esthétisme de la poésie de Ndongo Mbaye incarne cette nouvelle justice car elle impulse un souffle, trempé d’encre rouge, qui n’est pas vain, elle « anaphorise » l’espoir car la beauté est partout, il suffit de la cueillir, de la porter pour mettre à terre les souffrances, les errances et les crimes barbares. 

À travers cette parole salvatrice, entre ombres et lumières essentielles, Ndongo Mbaye apporte sa pierre à l’édifice du paysage littéraire africain, pour bâtir un avenir prochain, rutilant de soif et de faim, celui d’une jeunesse désemparée qui ne demande qu’à croire, qui ne demande qu’à s’engager, qu’à rêver. 

La densité du discours et de la langue poétique de Ndongo Mbaye nous encerclent, là « où les mots seront lois, où les mots seront rois », pour clamer enfin la conscience historique et se soumettre à la liberté infinie. 

Nous sommes sans doute au carrefour du chaos mais la poésie est là, avec ses hommes visionnaires, pour conquérir la renaissance et toutes les libertés humaines. 

Oui, la poésie de Ndongo Mabye est debout pour dire et redire, comme nos prédécesseurs, nos inspirateurs, pour subjuguer la dissolution des êtres, pour foudroyer la négation, pour ensevelir l’assimilation, pour faire fléchir la colonisation de la pensée, pour enchaîner l’esclavage du discours unique. Nous sommes aussi l’humanité des hommes « ceux sans qui la terre ne serait pas la terre », pour dire le monde. 

Ndongo Mbaye s’inscrit dans la continuité de l’existence indéfectible de la poésie et les poètes de ce début du XXIème siècle sont bien debout ! Et le frère poète de la terre natale est de ceux-là tant son implication poétique nous bouleverse, nous questionne et nous ouvre les yeux. 

Le brasier qu’incarne la poésie de Ndongo Mbaye fait renaître les soleils, tous les soleils de nos libertés, comme la virilité ancestrale, porteuse de notre propre vérité. 

Amadou Elimane Kane est écrivain poète.

Les poètes meurent aussi de Ndongo Mbaye, Poésie, éditions Lettres de Renaissances, collection Paroles arc-en-ciel, Paris, 2016.