
La polémique entourant Thélyson Orélien franchit un nouveau cap. Après les accusations portées par un compte anonyme contre l’écrivain québécois d’origine haïtienne, la rubrique CheckNews de Libération a voulu élargir le test : d’autres textes d’auteurs haïtiens, notamment ceux de Yanick Lahens et de Louis-Philippe Dalembert, ont été soumis au même détecteur d’intelligence artificielle, Pangram. Une précaution méthodologique salutaire, même si les titres exacts des œuvres testées n’ont, à ce jour, pas été précisés dans l’article, largement repris par d’autres médias.
Un contraste net
Le verdict de l’outil ne souffre aucune ambiguïté sur ce point : les textes de Yanick Lahens et de Louis-Philippe Dalembert ressortent classés « 100 % humains ». À l’opposé, l’extrait analysé du premier roman de Thélyson Orélien obtient un score proche de 100 % attribué à une écriture artificielle.
Un résultat qui, forcément, ravive les interrogations autour de « C’était ça ou mourir », le roman au centre de la controverse.
Un résultat, pas un verdict
Faut-il pour autant conclure ? Non. Un score de détection, aussi tranché soit-il, ne saurait à lui seul constituer une preuve définitive de recours à l’intelligence artificielle. La rigueur commande de résister à la tentation du jugement hâtif, dans un sens comme dans l’autre.
Trois écrivains, trois trajectoires
Au-delà du débat technologique, cette actualité braque les projecteurs sur trois figures marquantes des lettres haïtiennes.
Né en 1988 aux Gonaïves, Thélyson Orélien est poète, romancier et chroniqueur, aujourd’hui installé au Québec. Son œuvre, traversée par les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’identité, a connu une ascension rapide : Prix Fnac, Prix Méduse et Prix Première Plume pour son premier roman paru en 2026, une sélection dans les courses au Goncourt, au Femina, au Médicis et au Décembre, ainsi qu’un fort pressentiment pour le Renaudot. Avant ce coup d’essai remarqué, il avait déjà fait ses armes en poésie et collaboré à plusieurs revues littéraires.
Yanick Lahens, née en Haïti, est l’une des voix les plus respectées de la littérature haïtienne contemporaine. Romancière, nouvelliste, essayiste et enseignante, elle a signé notamment La Couleur de l’aube, Bain de lune, Douces déroutes et Passagères de nuit. Première titulaire de la chaire mondiale francophone au Collège de France, elle a reçu le Prix Femina en 2014 et le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2025.
Louis-Philippe Dalembert, né à Port-au-Prince, publie depuis 1993 une œuvre foisonnante, poésie, romans, nouvelles, essais, parue tant en Haïti qu’en France. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis et écrivain en résidence dans plusieurs pays, il est l’auteur, entre autres, d’Avant que les ombres s’effacent, Mur Méditerranée, Milwaukee Blues et L’Autre Face de la mer, paru en 1998 chez Stock.
Une même page d’actualité
Générations différentes, parcours distincts, mais un fil conducteur commun : la présence tenace de la réalité haïtienne, de l’exil et de l’identité dans leurs œuvres respectives. Le hasard de l’actualité littéraire les réunit aujourd’hui autour d’un même test technologique, révélateur, à sa manière, des tensions nouvelles entre création littéraire et intelligence artificielle.
Sources : RFI, France 24, Le Nouvelliste, Libération et al.
