
Des juges – qui font autorité comme tous les juges – ont rendu un jugement en ce procès: le livre C’était ça ou mourir a été écrit par une IA. Et, piqués par on ne sait quelle tarentule, nous sommes nombreux à vouloir émettre des avis sans même avoir lu le livre. Tous les petits noirs et les blancs de la gauche veulent rendre une certaine justice à Thélyson Orélien… Rendre justice? L’expression… Cette expression-là n’est pas convenable. Ce livre, je l’ai lu: c’est une petite œuvre charmante. Charmante, mais petite. Cependant, quoi que nous puissions en dire, il vient d’accomplir une prouesse: échapper à l’oubli. D’abord, faut jamais perdre de vue que la littérature n’est pas une affaire de couleur. Elle est bien plus que ça: c’est une affaire de goût. De langue. De forme. D’histoire… Voilà une œuvre qui, même si nous convenons qu’elle est médiocre, qu’elle a été écrite par une IA, a réussi à faire applaudir. Des critiques à chevrons l’ont même adoré. On dit d’eux qu’ils sont tombés, avec délices, dans l’abîme de l’ignorance et de la sottise après avoir exhumé d’anciens textes sur le net. Comme quoi le succès d’Orélien importune. Qu’importe.
Rétablissons Orélien dans sa situation nécessaire et naturelle – celle que la masse admet: c’est un plagiaire. Soit. Mais, ce livre… celui que j’ai lu est très bien écrit. Ce n’est pas du Céline ou du Bukowski, mais il ruisselle de poésie. Et puis, il y a très peu de métaphores éculées. Aussi, rien ne pourrait me faire ravaler cette conviction: ce livre, il fallait le publier.
Mon sentiment (même si on s’en fout): toute cette affaire pose un problème fondamental qui peut se décliner de diverses manières. Et c’est le seul qui en vaille la peine: Orélien est-il auteur ou co-auteur? S’il est co-auteur, alors entre lui et l’IA, qui est le nègre littéraire? Cette réponse, on la connaît: un nègre littéraire s’effacera toujours devant l’auteur. Peut-être que l’auteur a utilisé l’IA. Peut-être. Même si cela est vrai, quel a pu être l’impact de cette IA sur l’ensemble du livre? Quelle a pu être l’étendue de cette collaboration IAtique? Rien, à mon avis. Pourquoi? Parce que la langue du livre est claire, pittoresque, pétrie d’azur et de soleil. Il y a une force et une tenue de style que même l’IA la mieux « promptée » serait incapable de reproduire. L’œuvre d’Orélien est d’Orélien. Point.
Ce roman m’a beaucoup amusé. Et si tous les romans que nous lisons pouvaient être écrits comme ça, nous cesserions de nous ennuyer. Ça sera l’aurore d’un beau jour – bien inespéré en littérature. En littérature, je suis, moi, curieux d’autres nouveautés ou d’anciens repeints à neuf. Et puis, il faut que nous nous fassions à l’idée que l’IA peut être utilisée comme un nègre littéraire. Ça sera comme ça. Désormais. Et ce qui me désole, je vois s’agiter des héros balzaciens incapables d’action. Des marionnettes qui se replient sur leur petitesse. Tumulte dans le néant. Comme quoi tout est bas et méprisable dans cette affaire qui sert à tout sauf à la littérature.
Bamba Siaka Doh Ouattara
