Au CICES, Amadou Moustapha Dieng a dévoilé la couverture d’une première anthologie réunissant une trentaine de textes en wolof et en français, consacrés à Serigne Saliou Mbacké et à son héritage spirituel.

Fatou Ba 

Ce dimanche 18 octobre, au Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES), à l’occasion de la 18e édition de la Foire internationale du livre de Dakar (FILDAK), Amadou Moustapha Dieng a dévoilé la couverture de  «Maam Saaliw », la moisson des âmes illuminées, une anthologie née du Cant poétique, un rendez-vous consacré à la poésie soufie et spirituelle. Présentée au stand de la maison d’édition Sénégal NJAAY, l’œuvre rassemble une trentaine de textes en wolof et en français, entre hommage au guide religieux Serigne Saliou Mbacké, témoignages spirituels et transmission d’une mémoire vivante. Derrière la couverture dévoilée au public se dessine un projet qui dépasse la simple publication littéraire. Écrivain, poète, journaliste à Sud FM et secrétaire général de l’Association de la presse culturelle du Sénégal, Amadou Moustapha Dieng entend faire de cette anthologie un espace de rencontre entre les jeunes plumes et les auteurs confirmés, autour d’une figure dont l’influence continue de traverser les générations.

L’initiative trouve son origine dans le Grand Prix de poésie Mame Saliou Mbacké, organisé dans le cadre du Cant poétique. Le concours a mobilisé une centaine de jeunes participants, une affluence qui a surpris les organisateurs et révélé l’intérêt d’une nouvelle génération pour l’écriture poétique consacrée au guide religieux. À travers leurs textes, ces jeunes auteurs expriment un attachement à Serigne Saliou Mbacké, alors même que nombre d’entre eux ne l’ont pas connu de son vivant. « On s’est dit, donnez la parole aux jeunes », explique Amadou Moustapha Dieng. L’objectif initial était de leur offrir un cadre d’expression pour traduire, par les mots, leur relation spirituelle avec le saint homme. À la lecture des textes reçus, l’idée d’une anthologie s’est progressivement imposée, notamment à la suite des encouragements du grand écrivain Marouba Fall. Séduit par la qualité de certaines contributions, ce dernier a conseillé aux organisateurs d’aller au-delà des textes primés et de retenir d’autres propositions dignes d’être publiées. Après la distinction des cinq lauréats du concours, une nouvelle sélection a ainsi permis de réunir une trentaine de textes. De cette démarche est née «Maam Saaliw », la moisson des âmes illuminées.

L’ouvrage ne se limite toutefois pas aux productions des jeunes poètes. Soucieux de donner à cette publication une dimension inclusive, Amadou Moustapha Dieng et ses collaborateurs ont également sollicité des plumes reconnues de la littérature sénégalaise. Parmi elles figure Mamoudou Samb, présenté par l’initiateur du projet comme un auteur qui a connu Serigne Saliou Mbacké et dont les contributions poétiques apportent un témoignage singulier sur le guide religieux. D’autres écrivains ont également accepté de participer à cette œuvre de mémoire, notamment Maïssa Mara, poète associé à la tradition mouride, ainsi que Lamp Fall Kala. Leurs textes viennent dialoguer avec ceux des jeunes participants, dans un ensemble où se croisent différentes expériences, sensibilités et générations. Cette diversité constitue l’une des particularités de l’anthologie. Aux regards de ceux qui ont connu Serigne Saliou Mbacké s’ajoutent les voix de jeunes auteurs qui entretiennent avec lui une relation essentiellement spirituelle.

Pour Amadou Moustapha Dieng, cette proximité, malgré l’absence de rencontre physique, témoigne de la persistance de son héritage. « Il y a cette connexion-là, cette relation spirituelle, cette communication, cette communion qu’il y a entre Serigne Saliou et ces jeunes-là », souligne-t-il. À ses yeux, les textes réunis dans le recueil donnent à voir la manière dont cette figure continue d’inspirer les imaginaires, les convictions et la création littéraire. La portée de cette publication tient également à son choix linguistique. La trentaine de textes est répartie entre le wolof et le français, deux langues qui permettent de toucher différents publics tout en valorisant la diversité des expressions poétiques. La préface bilingue, signée par Marouba Fall, accompagne cette ambition. En proposant une entrée en matière dans les deux langues, l’écrivain inscrit l’anthologie dans une démarche de transmission qui accorde une place à la littérature francophone et à l’expression poétique en wolof.

Pour Amadou Moustapha Dieng, cette œuvre prolonge aussi un parcours personnel marqué par un attachement profond à Serigne Saliou Mbacké. Il évoque notamment son ouvrage  «Le regard de la miséricorde»,  publié en français et en arabe, dans lequel il revient sur sa rencontre spirituelle avec le guide religieux et sur les expériences qui ont nourri son désir d’écrire à son sujet. Avant même de pouvoir concrétiser ce projet littéraire, le poète raconte avoir apporté à Khelcom et à Touba des manuscrits rédigés à la main, lors de visites entreprises dans le cadre de son ziar  Il y portait déjà le souhait d’écrire sur celui qu’il admirait, sans oser formuler directement cette intention. Ce n’est qu’après la disparition de Serigne Saliou Mbacké qu’il a pu donner forme à ce projet éditorial. Cette expérience personnelle nourrit aujourd’hui sa conviction ,  chacun possède un témoignage singulier sur le guide religieux, une histoire qui mérite d’être racontée et transmise. Il cite notamment le récit inédit que lui a confié Eliman Haby Kane, une découverte qui l’a confortée dans l’idée que la mémoire de Serigne Saliou Mbacké se compose aussi d’expériences individuelles, parfois peu connues du grand public.

Au stand de Sénégal NJAAY, le dévoilement de la couverture de «Maam Saaliw »,  la moisson des âmes illuminées , marque ainsi une étape importante dans la concrétisation de cette ambition. Au-delà de la reconnaissance des jeunes talents révélés par le concours, le livre cherche à préserver des paroles, des émotions et des souvenirs qui risqueraient de rester dispersés s’ils n’étaient pas fixés sur le papier. En choisissant la FILDAK pour présenter cette couverture, les initiateurs inscrivent leur projet dans un rendez-vous consacré au livre, à la lecture et à la circulation des idées. La manifestation devient ainsi le cadre d’une rencontre entre création contemporaine, héritage spirituel et patrimoine littéraire. Avec cette première anthologie issue du Temple poétique, Amadou Moustapha Dieng fait le pari que la poésie peut contribuer à maintenir vivant le lien entre une figure spirituelle et ceux qui continuent de se reconnaître dans son héritage. Une trentaine de textes, deux langues et plusieurs générations de plumes composent cette moisson littéraire, avec une ambition affirmée : faire de l’écriture un outil de mémoire et de transmission.