Salaam cher Amadou Diallo. Merci pour cette contribution. Vous alimentez le débat, du reste de manière élégante. Il transparaît dans votre article un certain attachement à l’œuvre de Mariama Bâ. Normal. Qui n’a pas été fou amoureux de cette thèse sans antithèse ? Depuis plus de quarante ans, on nous présente cette œuvre comme le summum de la création littéraire avec une communication omnicanale : les manuels scolaires, les critiques à la cause de l’œuvre, les radios, les télés, les séries télévisées, les court-métrages, les conférences, les panels… Quelle œuvre littéraire a bénéficié d’une telle aura ? Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans ce livre qui légitime cette déification ? Là-dessus, je vous prie de gamberger un peu. Savez-vous que son second livre, qui d’ailleurs émet une thèse opposée à celle du premier, est mieux construit, plus savoureux et plus dense en idées ? Pourquoi personne n’en parle ? Pourquoi Un chant écarlate n’intéresse-t-il personne ? Vous êtes-vous posé cette question ?

Quand Gustave Flaubert a publié, d’abord dans la Revue de Paris, ensuite en tant que roman, Madame Bovary, cela avait provoqué un scandale. Il a été mené en procès. Même son imprimeur a été poursuivi. Ici, avec Mariama, c’est le contraire. Cela s’explique. Chaque société protège ses valeurs. Une si longue lettre, tout le monde le sait, heurte nos valeurs, mais nous n’avons pas eu le temps de le considérer avec notre regard authentique. On nous l’a fait gober sans réfléchir. Un livre dans lequel tous les hommes sont des salauds et toutes les femmes des victimes innocentes, aussi lisses que le miroir, est-ce gratuit ? L’adolescence est, par excellence, l’âge des acquisitions durables. Notre adolescence, depuis plus de 40 ans, est embrigadée par un programme scolaire dominé principalement, au creux de la vague, par Vol de nuit et Une si longue lettre.

Je vous signale que le livre MARIAMA BÂ : QUEL LEGS POUR LA POSTÉRITÉ !? est pour l’heure en rupture de stock. Sous peu, il sera à nouveau disponible, in sha Allah. Vous pourrez le lire et bien comprendre pourquoi je voulais lui donner le titre : UNE SI LONGUE LETTRE : Une plume des Pyrénées trempée dans une encre d’Afrique noire.

Vous vous rendrez alors compte qu’il ne s’agit pas d’un Africain qui combat une Africaine, mais bien d’un Africain qui propose un décapage de notre esprit encore empreint de colonialité.

Merci pour les échanges.

Waly Ndour