En écho aux réflexions stimulantes suscitées par le récent ouvrage de mon collègue et confrère, le professeur Waly Ndour, je m’invite à mon tour dans ce débat essentiel sur l’avenir de nos programmes scolaires.

Je comprends parfaitement l’attachement aux œuvres qui ont fait les beaux jours de notre système éducatif. Pour autant, un texte introduit dans le programme ne saurait y prétendre à l’immortalité. Un programme scolaire n’est pas un musée extensible à l’infini; c’est un espace au temps compté qui doit faire des choix pour rester efficace.

Maintenir le statu quo sans jamais renouveler nous confronte à des barrières insurmontables.

D’abord, la contrainte matérielle. C’est le principe des vases communicants : le volume horaire annuel d’une classe est fixe et indiscutable. Si le contenant ne change pas, on ne peut élargir le contenu à l’infini. Ajouter sans jamais retirer crée une saturation délétère. On condamne ainsi les enseignants à une course effrénée contre la montre, et les élèves à un survol superficiel des textes. Pour introduire la nouveauté, il faut impérativement faire de la place.

Ensuite, c’est le choix de la qualité contre la quantité. La véritable transmission littéraire exige du temps : le temps d’analyser le style, de décortiquer le contexte, d’ouvrir le débat. Surcharger les programmes, c’est basculer dans une consommation forcée de la littérature. Le résultat est souvent l’inverse de l’effet recherché : le dégoût de la lecture. En restant figée, l’école se coupe des réalités et des mutations du monde contemporain.

Retirer une œuvre d’un programme obligatoire n’est ni un reniement, ni une censure, ni un désaveu de sa valeur. C’est simplement instaurer un principe de rotation. Une œuvre majeure comme Une si longue lettre peut temporairement laisser sa place à un autre texte contemporain le temps d’un cycle, tout en restant fortement recommandée en lecture cursive.

Gouverner, c’est choisir. Éduquer, c’est s’adapter. Pour que la culture reste vivante et respirable dans nos classes, acceptons le renouvellement. L’esprit de nos élèves n’est pas un espace de stockage illimité : à trop vouloir accumuler, c’est la qualité de l’apprentissage que l’on sacrifie.

Le livre de Waly Ndour a le mérite historique de poser un débat crucial. Pour aller plus loin, j’appelle de mes vœux la multiplication d’autres contributions. C’est uniquement par des échanges permanents, fructueux et semeurs de lumière que nous parviendrons à faire grandir notre littérature et à porter notre système éducatif vers de nouveaux sommets. Que le débat reste ouvert !

Dr HC Idrissa Sow Gorkoodio

Enseignant à la retraite & Écrivain