
Œuvre majeure de la littérature africaine et incontournable des programmes scolaires, Une si longue lettre de Mariama Bâ se retrouve au cœur d’une vive contestation. Le 15 octobre 2026, Waly Ndour, écrivain, éditeur et chroniqueur, a fait paraître MARIAMA BÂ, quel legs pour la postérité !? aux éditions SEGUIMA. Connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Mbegaan Koddu et sous le nom de plume Peh de Géo, il signe là son premier ouvrage par son nom à l’état civil. Dans cet essai de 275 pages, l’auteur plaide pour que l’on cesse de vouer au roman un culte quasi religieux et qu’on l’examine enfin sans complaisance, sans hypocrisie et sans condescendance, allant jusqu’à en signaler des incorrections d’ordre linguistique et des incohérences narratives.
Sa démarche s’organise autour de trois questions : Qui est Mariama Bâ ? Que dit réellement son œuvre ? Quel héritage laisse-t-elle à la postérité ?
Waly Ndour s’interroge d’abord sur la nature même du texte : simple complainte sentimentale, ou, selon lui, « dangereux manifeste féministe » ? Il s’étonne ensuite du retentissement du roman en Occident, qui l’a traduit en plusieurs langues et largement diffusé sur le continent. Il questionne aussi les choix des autorités sénégalaises : pourquoi le président Léopold Sédar Senghor, qu’il décrit comme « le plus francisé des Africains », l’a-t-il inscrit au programme scolaire dès les années 1980 ?
La réflexion s’étend aux figures proposées en exemple aux jeunes. L’essayiste interroge la portée symbolique des noms donnés aux établissements, comme la Maison d’éducation des jeunes filles de Gorée (Mariama Bâ) ou celle de Thiès (Germaine Le Goff). Les modèles de la jeunesse d’aujourd’hui se trouvent-ils parmi ces figures, ou plutôt chez les vaillantes héroïnes de l’histoire africaine, porteuses des valeurs et vertus du continent ?
Inquiet de l’influence qu’ont pu avoir les thèses du livre sur le comportement et la mentalité des générations de femmes qui l’ont étudié, Waly Ndour s’interroge ouvertement : faut-il retirer Une si longue lettre des programmes scolaires pour lui substituer des textes plus en phase avec les réalités et les valeurs africaines ?

