L’esplanade du Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar s’est métamorphosée, dans la soirée du vendredi 10 juillet, en un vaste espace de transmission, de mémoire et de dialogue entre les peuples à l’occasion de la troisième édition de la Grande Nuit du Conte, organisée par l’Association de la Maison de l’Oralité et du Patrimoine (KER LEYTI).

Placée sous le thème « Le patrimoine, école vivante au service du civisme et du développement », cette manifestation culturelle entend faire du conte un véritable instrument d’éducation citoyenne tout en contribuant à la valorisation du patrimoine immatériel.

La cérémonie s’est déroulée en présence de Bacary Sarr, ministre de la Communication, de Mame Coumba Diop, ministre du Patrimoine et des Industries créatives, ainsi que du Bour Sine Niokobaye Fatou Diène Diouf, invité d’honneur de cette édition. Leur participation témoigne de l’intérêt croissant accordé à la préservation des traditions orales, considérées comme l’un des fondements de l’identité nationale.

Dès le début de la soirée, un public nombreux, composé d’enfants, de familles, d’universitaires, d’artistes, de chercheurs et de passionnés des traditions, a envahi l’esplanade du musée. Dans une ambiance chaleureuse et conviviale, toutes les générations ont renoué avec l’une des plus anciennes formes de transmission du savoir, c’est-à-dire le conte.

Des artistes venus de plusieurs pays d’Afrique, des Caraïbes et d’Europe ont proposé des prestations d’une remarquable intensité. Les conteurs ont partagé la scène avec des griots, des mimes, des marionnettistes et d’autres maîtres de la parole qui ont captivé l’assistance durant plusieurs heures. Les récits, tantôt empreints d’humour, tantôt porteurs d’émotion, de réflexion ou d’enseignements, ont entraîné l’assistance dans un voyage à travers les cultures africaines et celles de la diaspora. À chacune des interventions, le silence attentif de l’auditoire révélait toute la puissance de la parole contée, avant que de longs applaudissements ne viennent saluer la qualité des prestations

Cette troisième édition s’est distinguée par plusieurs innovations. Le Dr Massamba Guèye, fondateur de KER LEYTI et initiateur de l’événement, a expliqué que le choix du Musée des Civilisations Noires répondait à la volonté d’inscrire pleinement le conte dans le patrimoine culturel national. Il a aussi souligné que l’introduction du mime comme forme récit non verbal, l’intégration des marionnettes et la présence, pour la première fois, d’un chef traditionnel à la présidence de la cérémonie avaient enrichi le programme.

Prenant la parole, le Bour Sine a rappelé que le conte est « une école de la vie » qui transmet les valeurs de respect, de solidarité, de responsabilité et de cohésion sociale. Il a invité la jeunesse à s’ouvrir au monde sans jamais renier ses racines, soulignant que le patrimoine immatériel constitue un puissant facteur d’unité nationale. En marge du spectacle, le Dr Massamba Guèye est revenu, au cours d’un sur les difficultés auxquelles est confrontée cette initiative culturelle. Derrière le succès populaire de cette troisième édition se cache une réalité financière préoccupante.

« Je ne suis pas sûr que la quatrième édition se fera », confiet-il avec une pointe d’amertume. Selon lui, l’organisation de cette Grande Nuit du Conte repose essentiellement sur des sacrifices personnels. Une partie des revenus générés par les activités de la Maison de l’Oralité est réservée au financement de l’événement, faute d’un véritable accompagnement institutionnel et du secteur privé. Il déplore que de nombreuses entreprises sénégalaises restent insensibles à ce type d’initiative culturelle, et ne donnent même pas suite aux sollicitations qui leur sont adressées. « Notre sponsor officiel s’appelle Dieu et notre principal soutien demeure le public », a-t-il déclaré.

public », a-t-il déclaré. Malgré ces difficultés, le fondateur de KER LEYTI reste convaincu que le patrimoine oral représente un formidable outil de développement humain. Il nourrit l’ambition de voir s’implanter, dans chacune des communes du Sénégal, une Maison de l’Oralité et du Patrimoine en mesure d’organiser régulièrement des veillées culturelles destinées à transmettre aux jeunes générations les valeurs héritées des anciens.

Au terme de cette nuit exceptionnelle, une certitude s’impose. La Grande Nuit du Conte dépasse désormais le un simple cadre d’un spectacle. Elle s’affirme comme un rendez-+vous culturel où les peuples se rencontrent, où les générations dialoguent et où le patrimoine retrouve toute sa place dans la construction d’une citoyenneté responsable.

Une question demeure toutefois en suspens. Cette aventure culturelle parviendra-t-elle à connaître une quatrième édition en 2027 ? 

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