J’irai droit au but. La poésie de Cumba Diop n’a rien apporté de neuf. À peine quelques pages lues, et déjà apparaissent ses limites. Une écriture faite d’éclats inégaux. Parfois séduisante. Souvent discutable. Rarement décisive. La voix propre de Cumba DIOP demeure insaisissable. Elle se dissout dans l’ombre de ses lectures. On croit reconnaître, en filigrane, des accents empruntés à Senghor, à David Diop, à Erick Digbé.

« Femmes de sable et d’étoiles / Porteuses du poids de l’histoire / Avec grâce silencieuse et force intérieure / Chaque pas résonne / Les voix s’élèvent / Chantant les louanges des ancêtres / Des traditions anciennes transmises » (p.22).

Ce passage illustre un lyrisme attendu, fait d’images vastes mais sans tension véritable. Les symboles s’alignent. Déjà usés. La parole demeure déclarative. Les formules sentent le déjà-dit. C’est une poésie qui rassure et qui, par là même, échoue à émouvoir. Cela arrive lorsque l’on se précipite vers le slam sans avoir éprouvé la lente exigence de la poésie ; le retour, alors, n’est plus qu’un dédale savamment trompeur.

Cependant, il serait injuste de ne pas reconnaître, çà et là, quelques heureuses échappées. Ainsi : « La lagune est tombée dans mes yeux / Et mes larmes muettes / Sculptent des épitaphes sur ma route / Perdue comme une tombe anonyme / Des spasmes de regrets / Forment versets enrhumés / Mélodie des tombeaux / S’envole dans le ciel / Laissant tomber des morceaux de nuages / En forme de pistolets » (p.37).

Ici, quelque chose advient. L’image initiale impose une vision intérieure forte ; le deuil s’écrit dans la matière même du vers, comme dans « Comme jours d’après d’éluge » d’Éric Digbé. Les « versets enrhumés » surprennent, troublent, ouvrent une brèche. La langue vacille, mais elle vit. Cette fois, la poésie ne répète plus. Elle risque. On entrevoit alors une voix singulière, encore fragile, mais déjà capable d’invention.

À vous, Cumba DIOP, il convient (peut-être) d’adresser un conseil : persévérez. (Re)lisez les grands, non pour les imiter, mais pour vous en affranchir. Travaillez avec rigueur. Exigez de chaque image qu’elle soit nécessaire. Car sous ces pages inégales se cache une promesse ; et en littérature, les promesses sont des dettes : il faudra les payer.

De Koigny