Un jeune loup aux dents longues, porte-parole dans l’âme, de toute la jeunesse tchadienne, tel un héraut de sa tribu, est auteur à SEGUIMA d’un Essai fort prometteur. Il avait formulé le souhait de faire le voyage de Dakar à l’occasion du FILDAK pour une immersion dans le monde culturel sénégalais et entendre battre le pouls de la littérature dans notre pays. Toutes formalités faites, on apprit le report de l’évènement sine die, aucune date n’étant pas fixée pour l’affaire. Pour faire trivial, on nous a dit : « Circulez ! Y a rien à voir. »

Pourtant l’édition de 2025 allait casser la baraque avec l’Egypte comme pays invité d’honneur avec un sujet majeur   « Bibliothèque, transmission et souveraineté » et un programme riche et varié : expositions, conférences, panels, dédicaces, animations et remises de prix…

Au-delà de la fête que cela représente en termes de retrouvailles, brassage, il devait  offrir un espace d’échanges pour les professionnels du livre et le grand public. Voici 5 ans qu’il n’y a pas eu de FILDAK.

Dire qu’on y comptait beaucoup pour combler un vide que nous a laissé, d’un autre côté, l’absence du Salon National du Livre qui ne se tiendra pas en 2025. Eh ! Dieu ! On nous a capotés comme ça pourquoi ? 

Un ami malien m’a demandé la raison pour laquelle on a sacrifié le FILDAK. Je lui ai répondu que c’est la CEDEAO qui avait un programme culturel à Dakar au même moment, à peu près l’ECOFEST, On ne pouvait pas faire les deux à la fois. Alors… Il ne me laissa pas terminer. « Ah ! Le Sénégal ! Vous êtes encore dans les nambaras de la CEDEAO ? » Pour ceux qui ne parlent pas bambanan, nambara est l’équivalent de tapalé en wolof ou entourloupe en français. Il poursuivit : « Nous, on connait CEDEAO. C’est la France. » Pour rappel, quand les militaires au Mali, comme au Burkina Faso et au Niger ont décidé de libérer leurs pays des griffes des terroristes sponsorisés par qui l’on sait, dans la même veine que le général De Gaulle en 1940, quand son pays était envahi par l’Allemagne Nazie, c’est cette même CEDEAO qui l’avait placé sous embargo pour étouffer le peuple réel dans le but de l’inciter à la révolte contre les nouveaux dirigeants souverainistes. L’ont-ils fait au Gabon ? En République de Guinée ? En Guinée Bissau ?  

Pour aiguillonner mon ami Malien, je l’ai relancé : « Quand même ! Qu’est-ce que la France vient faire ici ? Il faut cesser de mettre tous nos soucis sur le dos de la France ! 

  • Ok. C’est quoi le thème ?
  • “Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : que peut faire la culture ?” 

On invite à une réflexion sur le rôle que peut jouer la culture face aux bouleversements sociaux et politiques que traverse l’Afrique de l’Ouest.

  • Ne t’avais-je pas dit ? Tu as bien lu ce thème ? Il y a la bouche de la France dedans. »

Et puis, réfléchissant à fond, je me suis demandé s’il n’avait pas raison car l’objectif visé dans ce thème est clairement de trouver le moyen d’utiliser la culture pour impacter dans un certain sens, l’évolution socio-politique dans l’AOF. Normal. L’AES par ci, SONKO et le PASTEF par-là, la France a des raisins de s’affoler d’autant plus qu’avec la perte de son pré carré, son économie est actuellement dans une mauvaise posture. En effet elle est devenue un pays fortement endetté, avec des usines qui ferment ou se délocalisent, un taux de chômage qui grimpe, une diplomatie mise à rude épreuve ; un gouvernement qui a perdu la confiance des citoyens …

Bon ! Ils ont fait quoi pendant leur ECOFEST ?  Ils ont chanté, ils ont dansé et comme il y avait un pupitre, ils ont fait des discours.  A ce niveau le Premier ministre Ousmane SONKO les a quelque peu sauvés car son mot était d’une profondeur aussi enrichissante que galvanisatrice : « La culture, aujourd’hui se trouve confrontée à des pressions sans précédent.  L’uniformisation culturelle, l’hégémonie de certains modèles exogènes et la marginalisation de nos langues et expressions locales menacent l’identité de nos peuples. Il est alors essentiel de protéger notre jeunesse de ces agressions culturelles. Nous devons les encourager à s’engager dans la préservation et la promotion de nos valeurs tout en cultivant leur créativité. » 

Ah ! Ces paroles, je les ai reçues dans le cœur comme un baume balsamique. Ndeysaan ! L’homme-là a tout compris. Hamdulilah. Après ça, ils ont continué à chanter et à danser … Cela me rappelle l’indignation de Houphouët-Boigny qui disait que l’Afrique a assez chanté, l’Afrique a assez dansé …

Nous gens du Livre, on nous a écartés. Walaay ! Pourquoi ? Même pas une explication ! On nous a royalement ignorés. Peut-être qu’ils se sont dit : « Ah ! Ces gens-là, ce sont les aristocrates de la Culture. Ils ne déplacent pas les meubles et ils vont au train de sénateur parce que ‘’leurs ailes de géant les empêchent de voler.’’ Ah ! Qu’ils sont mignons les gens du Livre ! Leur bruit ? C’est juste une tempête dans un verre d’eau. On les écoute divaguer et on continue nos trucs, puisqu’ils sont inoffensifs … »

Ah ! Ceux qui nous négligent, ne savent-ils pas qu’au-delà de la Mésopotamie, et de l’Egypte antique, ce sont des livres qui ont fixé les religions et fondé notre humanité ? Ignorent-ils que c’est avec un petit livre du 16e siècle ‘’Le prince’’ que Machiavel, grâce à ses indications intronise des gouvernants, défait des trônes, élève des tyrans, combat des nobles ? Ont-ils oublié que c’est Mein Kampf qui a permis à Hitler, le cauchemar du monde, de semer dans la pensée de milliers de gens ses idées  mortifères ? Sont-ils sans savoir que sans les écrits de Rousseau, de Montesquieu et autres  Descartes, la Révolution française n’aurait pas eu lieu ? « Puissance des livres, invention merveilleuse de l’astucieuse intelligence humaine… Agencement de mots d’où jaillit l’Idée, la Pensée, l’Histoire, la Science, la Vie. » Nous dit Mariama Bâ.

Ignorance, oubli ou déni, « le canon contraint les corps, l’école fascine les âmes (C. A. Kane) » grâce au Livre. En 1960, le dernier gouverneur français installé en terre sénégalaise s’en est allé au bercail en nous laissant leur Ecole et leur Livre. En 2025 l’armée française est partie en nous laissant leur Ecole et leur Livre.

Ecrivains, éditeurs, concepteurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, lecteurs, éducateurs, nous   travaillons à écrire notre Livre pour notre Ecole, on nous fait un forum sans résultat probant et nous invite à chanter et à danser. « Chantez ! Dansez à oublier la leçon infligée par la fourmi à la cigale de La Fontaine ! Et pour ne pas faire les cancres, discourez sur des thèses futiles, de panel à panel … » Au même moment, la France investit des milliers de milliards sur le Livre, chassant jusque sur nos terres, distinguant, élevant et enrichissant ceux, parmi nous, qui écrivons ce qu’ils veulent que nous écrivions.

C’est dommage. Nous attendions vraiment mieux du nouveau régime que nous avons porté à bout de bras, essuyé de nos larmes, nourri de notre sang et accomp

Rendez-nous notre FILDAK ! Le livre ne mérite pas qu’on l’oublie !agné de nos prières. 

Mbegaan Koddu