Écrivain, cinéaste, dramaturge et photographe, Mamadou Mahmoud N’Dongo est un artiste multiple dont l’œuvre explore avec acuité les formes et les mémoires. De Furia, son dernier roman consacré au septième art, à ses pièces de théâtre radiophoniques, en passant par ses engagements visuels et littéraires, il trace une trajectoire exigeante, libre et transnationale. Dans cet entretien, il revient sur son rapport à la création, sur l’absence de lien avec la scène culturelle sénégalaise, et sur ce que signifie pour lui la reconnaissance officielle, comme son récent titre d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Propos recueillis par Babacar Korjo Ndiaye

Vous êtes à la fois écrivain, dramaturge, photographe et cinéaste. Comment ces différentes disciplines dialoguent-elles dans votre processus de création ?

Quand je décide de faire un film c’est un film, une photographie une photographie, une pièce une pièce, une fiction une fiction, un poème un poème… je ne change pas de genre, avant même de commencer, je sais que cela va être une photographie, un film, une nouvelle, un récit, une pièce de théâtre, un roman ou un poème même quand j’adapte le fragment d’une pièce ou une courte pièce en film. Par exemple, DIFFERENT MAPS était la commande d’un court métrage d’une réalisatrice sur les attentats de Paris du 13 novembre. Je ne voulais pas écrire un scénario, je voulais écrire quatre monologues, et quand j’ai terminé, il a fallu que j’adapte la pièce en scénario pour permettre à la réalisatrice, aux acteurs, producteurs, techniciens d’avoir un document sur lequel ils pouvaient s’appuyer pour travailler. Dans une pièce de théâtre si vous écrivez un salon bourgeois, ça suffit au décorateur et à la metteuse en scène pour créer à partir de ça mais au cinéma, pour un film vous devez indiquer : Int jour. Salon bourgeois puis en dessous vous mettez canapé, tapis en jonc de mer, tableaux aux murs… La première indication d’un film c’est de savoir si ça passe en matinée, en après-midi, en soirée, pour permettre au DP – Directeur de la Photographie – de pouvoir réfléchir à sa lumière on n’éclaire pas de la même manière, selon la saison, ou si le salon est en ville ou à la campagne… Donc chaque genre à ses spécificités. Néanmoins le fait que je sois écrivain et dramaturge me permet d’aborder le scénario d’une manière plus littéraire, et ma spécificité d’être photographe et cinéaste d’être plus précis dans les indications et détails.

À votre question comment ces disciplines dialoguent elles… elles ne dialoguent pas.

Je me suis mis à écrire du théâtre pour ne plus écrire de la littérature, j’avais envie de renouveler ma pratique, au moment où je me suis mis au théâtre, et pendant six ans je n’ai écrit que des pièces de théâtre ou radiophoniques, j’ai écrit pour un deux quatre douze quarante personnages… et pendant cette période je n’ai écrit que deux nouvelles et quelques poèmes… Il a fallu attendre Golda Kane pour que l’envie, le désir d’écrire de la littérature revienne et ce fut un récit. Ce récit est différent car il a été nourri de mon expérience de dramaturge et écrire des dialogues de fictions ce n’est pas la même chose que d’écrire un dialogue pour une scène.


Vous êtes originaire du Sénégal, même si votre parcours artistique s’est construit entre plusieurs cultures. Quel lien entretenez-vous aujourd’hui avec la scène culturelle sénégalaise ?

Hélas je n’ai aucun lien avec la scène culturelle sénégalaise, et j’espère que vous allez m’aider à en créer un, cela m’apporterait et me ferait plaisir de rencontrer des écrivains et artistes de différentes générations pour travailler.

Vous avez été promu Officier de l’ordre des Arts et des Lettres en avril 2024. Que représente pour vous cette reconnaissance de la République française ?

Je suis honoré, comme vous l’écrivez c’est une reconnaissance, cela a réjoui ma famille, mes amis, mes éditeurs, mes lecteurs, les personnes qui suivent mes productions artistiques. Et la médaille est belle.

Votre dernier roman, Furia, plonge dans les coulisses d’Hollywood et met en scène un cinéaste en quête de mémoire. Pourquoi avoir choisi cet univers et cette thématique ?

J’avais envie d’écrire sur le septième art et comme c’était mon septième roman, c’est un signe… mais plus encore au moment où je commençais j’allais sur mes 50 ans, donc j’avais une expérience… j’ai fait des films, j’ai participé à des films et séries, je connais des réalisateurs, des producteurs, des techniciens et des acteurs, j’avais le désir de revenir, de me retourner sur mes études de cinéma, sur les films et les réalisateurs, les critiques qui m’ont influencé, et aussi répondre à cette question : « pourquoi fait-on des films »

Si vous deviez conseiller un film, un livre et une œuvre d’art qui vous ont profondément marqué, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?

Un film : Shock Corridor de Samuel Fuller – Un film politique, qui dit tout de l’Amérique.

Un livre : La pornographie de Gombrowicz – Un livre subversif.

Une œuvre d’art : Les portraits de Francis Bacon – Il a renouvelé l’art du portrait !