
Lueurs sombres (un titre oxymorique) demeure une alchimie d’émotions, un creuset d’interrogations et un bouquet de symphonies tendus comme un miroir aux personnes qui sanglotent en silence et soupirent dans la dignité. C’est un recueil nait de peines exprimées et est guidé par un verbe militant, en explorant les gouffres de l’angoisse existentielle, de l’espérance et les multiples douleurs de la femme vexée. C’est un Cri révolutionnaire contre les dangers de la jalousie, de l’immigration clandestine et de l’internet ; une réflexion sur les luttes existentielles, les souffrances des citoyens traumatisés. Il fait la radioscopie de la résilience des femmes (des veuves et des divorcées), face aux épreuves de la condition humaine, dans un contexte individualiste et exhibitionniste, marqué par les défis sociétaux, familiaux et culturels. Il contient des hommages rendus aux parents de la poétesse dans les poémes touchants (Grand-mère, tante, Beau-père, ma sœur, Grand -père) et son style évocateur est moulé dans des rythmes polyphoniques debout sur la haute pyramide de l’attachement aux liens sanguins. Il nous propulse dans un concert de hurlements dénonciateurs, portés par un lyrisme sincère et volcanique. Il est serti de sentiments poignants et délirants et sonne comme un orchestre de cantiques sombres et balsamiques. Il porte la marque d’une tonalité lyrique et tragique : une ode d’amour agapé, idéalisé, mêlant les sentiments doux et amers dans une harmonie subtile et une habile manipulation lexicale. En outre, c’est un florilége délicieux qui confond le tragique, le pathétique, le beau, le sombre et le lumineux via une verve qui danse et débite des rythmes variés, soutenus par les champs lexicaux du chagrin et du traumatisme. Il est une invitation aux luttes idéologiques pour le rayonnement de la libération féminine et la réhabilitation des droits humains bafoués. Ici, la voix sensible de Ramatoulaye DIOUF est une panacée dédiée aux souffrances de la femme et des enfants, une Affection sublimée dédiée à la famille biologique, une foudre débridée en effervescence, une kyrielle d’hymnes en fulgurance. La voix empathique de DIOUF est le germe de l’espoir qui réside dans la paix du coeur, dans la vertu sacralisée, dans la bonté partagée, dans le pardon sublimé.
En plus, tout lecteur sensible est touché par ces mélopées narcotiques, enjouées et maussades nous plongent dans l’exutoire des mots captivants et chargés de métaphores, de parallélismes, d’assonances et d’allitérations. Ces mélodies gravissent la hauteur des sensations mystiques et nous attirent grâce à ses chants saccadés qui tonnent comme des palpitations. Elles regroupent des textes fascinants (écrits avec un style imagé) qui résonnent comme des sanglots où espoir et spleen se combinent face aux incertitudes de l’Humanité avide de pudeur, d’équité et de solidarité. Elles nous mettent en phase d’une poétesse romantique, d’une plume fortement ivre des libations de l’amour, de la justice et de l’amitié.
En commentant ces chants raffinés cadencés dans Lueurs sombres, Ramatoulaye DIOUF nous plonge dans un langage coloré d’images frappantes. Son style sobre, simple et savoureux peint de musicalité nous rappelle Musset qui stipule : « Ah frappe-toi le cœur c’est là qu’est le génie ». Son style succulent est une partition où chaque poème résonne comme une note de lamentation, de communion avec les personnes qui souffrent en silence. Bref, la violence faite aux braves femmes est dénoncée vivement par ces voix féministes suivantes :
1** « J’élève la voix, non pas pour crier, mais pour que ceux qui n’ont pas de voix puisse être entendue…nous ne pouvons pas tous réussir si la moitié d’entre nous est freinée. » (Malala Yousafzai).
2**« La femme ne doit pas dépendre de la protection de l’homme, mais doit apprendre à se protéger elle-même. » (Susan B. Anthony).
3** « Je suis une femme, ensuite une militante, puis une révolutionnaire ».
(Angéla Davis)
Par ailleurs, Lueurs sombres est une poésie introspective et laudative qui explore avec une intensité émotive les dynamiques familiales et sociétales. À travers une série de sentiments crus et de réflexions, Ramatoulaye DIOUF met en lumière des thèmes universels tels que la chaleur humaine, la barbarie au sein des familles, l’hypocrisie sociale, les monstruosités domestiques et les vices de notre société comme la drogue, la criminalité et la déshumanisation des relations familiales. Elle peint avec audace et fougue des tableaux cauchemardesques et des images frappantes des épouses aux rêves brisées, des sœurs aux droits piétinés. C’est dans cette veine que Hugo déclare : « La poésie n’est pas un ornement, elle est un instrument. »
L ’écriture poétique, ce n’est pas seulement jeter des mots sur une feuille. C’est un message d’alerte, une quête de vérité et de vertu dans un monde obscur où les vertus cardinales sont en déliquescence. C’est passé des jours entiers à fustiger, à hurler, à gommer, pour faire émerger ses chants dans le jardin de l’espoir rebelle, dans la lueur de la compassion. Mais au-delà de l’acte d’écrire, il y a l’acte d’écouter les suffocations des damnés de sa société. C’est dans ce sillage que DIOUF assigne à sa poésie un rôle de toucher les coeurs, de bouleverser les consciences, d’enfanter des songes. En outre, son cri engagé devient un véritable baume offert à la femme blessée, car elle atteste que le féminisme lutte bien contre le poids de notre société patriarcale. Selon DIOUF, la femme mérite de prendre part à toutes les décisions qui façonnent son avenir. Les luttes des femmes ne sont pas des fardeaux mais une force qui fondent notre justice équitable. Alors, il est impératif de briser les chaines de la phallocratie et de l’injustice qui retiennent la femme muselée.
En effet, la brillante poétesse démontre que l’acte d’écrire s’impose comme arme libératrice et percutante pour nos mamans et sœurs, un souffle salvateur, un souffle vital qui anime encore des cœurs ulcérés. Elle chantonne dans « Sévices » :
« …Enfant délaissé,
Enfant pourchassé,
Enfant en rire,
Enfant en pleurs,
Enfant mal aimé,
Enfant malmené.
Je demeure le souffre-douleur,
De toute la famille en silence.
Que vaut la parole d’un enfant,
Face à des adultes odieux
Et leur projet belliqueux ?
Je devenais taiseux et me bat chaque jour
Pour sortir mon âme de ce gouffre silencieux… »
Dans cette introspection abyssale, la poésie de Ramatoulaye DIOUF n’est rien d’autre qu’une respiration de la douleur vocalisée et chaque vers devient une effusion de soupirs, une illumination face aux charmes de la complexité des dynamiques sociétales. Grâce à son style alléchant, l’auteure de Lueurs sombres brouille les frontières entre le charnel et l’acte créatif. Elle nous invite à une immersion sensorielle et traduit ses frissons de crainte et d’espoir en un langage musical ; elle touche notre sensibilité et tente d’éveiller ses sensations ineffables. Elle écrit dans un style attractif et truculent. Et derrière chaque texte, on ressent une poétesse engagée qui entièrement vibre, se délivre et s’enflamme avec empathie. La poésie de DIOUF, n’est-elle pas fille de l’épanchement des sens surexcités et électrocutés ? Affirmatif. Elle devient une transmutation subtile des connotations : elle change les rêves en lumière, les déceptions en musiques, et fait de chaque lecteur un témoin des silences cachés. L’utilisation récurrente des énumérations et des anaphores élève les émotions profondes de Ramatoulaye DIOUF à un niveau mystique et transcende notre sensibilité pour se convertir à une connexion avec le sort lugubre de la femme, source de vie et de vitalité. Cette fureur dans l’évocation de ses complaintes guide la poétesse dans les abysses d’une quête d’ataraxie, où l’idée de fusion de joie et de mélancolie est omniprésente.
Dans le poéme ‘’ Divorcées ‘’, DIOUF fredonne :
« Femmes divorcées
Femmes scellées
Femmes délaissées
Femmes esseulées
Dans un coin, au loin
Restent cloîtrées par peur d’être jugées… »
Dès lors, laissez-vous emporter par cette voix romantique et libératrice qui nous fera découvrir qu’un cœur ivre de solidarité communautaire et d’humanisme. C’est cette écriture évocatrice qui m’a séduit en tant que consommateur avisé de poésie. DIOUF ne cherche pas à exprimer ses sensations et idées dès la première lecture de ses textes imagés qui se cognent, se rebellent et convergent en un Chant libéral et libérateur des femmes oubliées et violentées. Loin de là ! Elle cherche à créer une polysémie, à mener ses chants libres et poignants vers des sphères océanes.
Comme nous le voyons, cette poétesse sénégalaise, à travers ce florilège imbu de textes militants, nous propulse dans un horizon de plaintes cycliques et de péans fiévreux. Quel langage captivant et capiteux, rythmé par des poémes qui bouillonnent, par des hymnes succulents et vibratoires qui rayonnent. Chaque poème nous projette vers la mer des métaphores et des périphrases. Chaque strophe nous ouvre un exutoire extatique et éveille en nous des vibrations poignantes. Cette passionnée de la justice sociale a bien compris Pierre Teilhard de Chardin qui soutient : « Le rêve c’est l’oxygène de l’esprit ; il en renouvelle l’espérance. »
En effet, Ramatoulaye DIOUF nous confie une cascade de plaintes et de symphonies, où la poésie devient – « Le chant du cœur qui se brise et se console » – pour reprendre les mots du surréaliste Paul Éluard. En plus, elle choisit une écriture jubilatoire et altruiste, enjolivée par des images sensorielles et musicales. En outre, la célébration de la femme brave et la quête d’un monde juste et humain occupent une place de choix dans Lueurs sombres, mais elles sont exaltées avec une éloquence foudroyante et une véhémence flamboyante. La majorité de ces poémes rappellent la fureur et la noblesse d’une Voix émancipée et indignée qui bascule entre la foi, la chaleur du désir et la flamme du progrès social. Chaque strophe est une mélopée fervente célébrant la sacralité de la famille africaine et cherchant des repères éthiques dans ce monde capitaliste avide de compassion et de pardon.
Dans le texte « Inceste », nous sommes fascinés par ce cri pathétique :
« Mon âme
Mon esprit
Mon corps
Calcinés, déchirés
Et souillés.
Sous le regard innocent,
De mon enfance volée… ».
En definitive, Ramatoulaye DIOUF a bien compris Tahar Benjelloun qui affirme : « L’importance d’une parole ne réside pas dans la puissance de son cri, mais dans la hauteur de son silence. » et Karim Akouche qui affirme : « …Ecrire, c’est noyer le mensonge dans le fleuve absurde de la vie. Ecrire, c’est insuffler de la chaleur dans le cœur glacé des hommes. Ecrire, c’est répandre de la lumière sur les yeux aveugles du monde ».
Ibrahima DIOME, inspecteur de l’éducation, poéte et critique littéraire.


