
À toi, jeune plume fracassante
À toi, jeune plume fracassante
À toi, l’auteur de ce poème qui veut nous ôter le jour
À toi qui as sacrifié ta pudeur pour hausser l’art.
À toi qui as fait de l’insolence une forme de survie depuis que tu as lu ton nom au bas-fond du puits sans retour
À toi qui as appris à compter sans avoir jamais compté de syllabes dans le poème
À toi qui as osé condamner les dieux pour avoir été profanes à tes litanies
À toi qui te caches derrière le poème pour vaguer et bander jusqu’à toucher la chair de la nuit mystérieuse.
À toi qui as su habiller hier et rendre le présent nu.
À toi qui as su réconcilier l’eau et le feu par le poème.
À toi qui n’as point de tête, du moins qui n’as de tête que pour cet éclair qui te foudroie
À toi qui as su décorer la lune de deux étoiles sexy
À toi, enfant soucieux de ses futurs enfants, roi soucieux de sa future reine
À toi, innocent qui as fait toutes les guerres, goûté à toutes les liqueurs, savouré tous les plaisirs !
À toi, grand pécheur, grand soufi
À toi qui mélanges saveurs de seins et de méditation
À toi qui as réussi à faire porter une jupe à la poésie pour mieux la baiser.
À toi, mauvais héros des saignements et des ossements.
À toi, plume retrouvée sur les traces du poème qui s’est éteint.
Je t’ai lu comme promis. Aucune charge de retour ne pesait sur moi à la promesse.
Néanmoins, je t’écris.
Je te reviens avec des sensations mitigées : une fierté immense pour avoir cru en toi, une déception pour avoir été contraint d’accepter que ta poésie, aussi belle qu’elle puisse être, n’est qu’un rajout de décor à ce grand néant fait de feuilles et d’encre. Ce néant qui a toujours rendu la vie des écrivains possible.
Ton recueil, à la vérité, ne parle de rien. Et c’est parce qu’il ne parle de rien qu’il est grand.
Il se lit avec joie et frustration. Le vide qui y est reste aussi grand que la saveur de ses lignes.
Ton hémorragie, je ne te le cache pas, n’inspire aucune commisération. Par contre, elle donne envie de saigner, si, bien évidemment, saigner reste le plus grand sacrifice pour écrire de belles choses.
Ta poésie de deuil, de fragilité et de soupir et d’amour est une ode à la créativité qui rend bien le mal, qui rend le vide rempli. Ta poésie fait de la chanson un espoir face au chaos et à l’incapacité.
Dans le crible de ma pensée critique : j’appelle poésie tout ce qui est beau et insignifiant. Tout ce qui peut paraître réel, mais indéfinissable. Et j’appelle poème tout ce qui relève d’une langue à part. Oui, les mélodies et les rimes savantes ou pauvres ne font pas la singularité du poème. Le poème est tout ce qui peut ressembler à du connu, mais relevant intimement du sixième continent : le peuple de l’image vivant et déambulant, le mot qui signifie mille images et rayons.
Tout cela est réuni dans ton jargon poétique. Donc, tu es poète accompli. Tu es un jeune grand, le meilleur parmi les belles promesses. Bien que ce titre est hallucinant et augure l’oubli, il faut te le coller . Tant pis s’il doit provoquer ta fin. De toute façon l’histoire est faite d’oubliés. Et la littérature sera toujours là pour écrire l’épopée des écrivains enterrés dés leur naissance.
Et tu seras un des plus grands le jour où tu rendras belle la mort. Où tu donneras à l’ordinaire un attrait irrésistible. Où tu ressusciteras chaque chose tuée par l’ignorance et la bêtise humaine.
Connaissant tes capacités et t’ayant vu sur le trône de l’imaginaire, je prends déjà mon ticket pour ton Oscar.
À très bientôt.
Saliou Diop CISSÉ
