Dans le monde de la littérature, il y a les œuvres qui bouleversent, et il y a les auteurs qui, par leurs actes, prolongent la beauté de leurs écrits dans le monde réel. C’est le sens profond du témoignage bouleversant de Julien Jean-Roger, qui nous rappelle que la grandeur d’un écrivain ne se mesure pas seulement au nombre de ses prix, mais à la profondeur de son empathie.

Les faits se déroulent il y a deux ans, lors d’un rassemblement de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Au cœur d’une minuscule librairie éphémère où s’entassent les productions ouest-africaines, la foule se presse. Une file interminable s’étire pour approcher l’immense romancière camerounaise Djaïli Amadou Amal.

C’est dans ce tumulte que Julien, qui se déplace avec une canne, perd l’équilibre et se retrouve au sol, piégé, incapable de se relever. Face à l’indifférence et à la brusquerie d’un service de sécurité pressé de « faire circuler », une voix s’élève. Une voix douce mais ferme.

Contre toute attente, Djaïli Amadou Amal interrompt sa séance de dédicaces, quitte son statut de star célébrée et fend la foule.

« Qu’est-ce que vous faites à mon lecteur, là ! Il ne faut pas traiter nos lecteurs comme ça. »

En un instant, l’autrice de l’injustice dans la fiction devient la protectrice des opprimés dans le réel. Elle fait relever Julien par son équipe, transformant un moment d’humiliation en un instant de pure dignité.

« Parfois, les auteurs sont vraiment comme on sentait qu’ils sont dans leurs livres. Attentifs à toute l’humanité, à l’affût de l’injustice. Indifférents à leur propre gloire », confie Julien avec une vive émotion.

Ce geste spontané prouve qu’il y a chez Mme Djaïli Amadou Amal quelque chose qui dépasse la simple littérature. Ses combats contre les violences et pour le respect humain ne sont pas des postures d’encre et de papier : ils vibrent en elle. Merci à Julien Jean-Roger pour ce partage lumineux qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant la littérature et ceux qui la portent avec autant de noblesse.

Babacar Korjo NDIAYE