
Certains livres mettent des décennies à trouver leur forme définitive. « Chronique d’un royaume perdu », le nouveau roman d’Ananda Devi paru chez Grasset pour cette rentrée littéraire 2026, en est l’illustration : son idée aurait germé il y a plus de quarante ans, dans un coin reculé de l’île Maurice, terre natale de l’écrivaine.
Née en 1957 à Trois-Boutiques, sur l’île Maurice, et installée en France depuis de nombreuses années, Ananda Devi construit depuis la fin des années 1970 une œuvre qui a fait de son île natale un territoire littéraire à part entière, mêlant les fractures de l’Histoire aux métissages de langues et de cultures qui la traversent.
Avec ce nouveau roman, elle signe une fresque de grande ampleur. Dans les années qui suivent l’abolition de l’esclavage sur l’île Maurice, cinq enfants naissent sur une même propriété sucrière — trois du côté des maîtres, deux du côté des esclaves. Bannis pour avoir transgressé les frontières de leur époque, ils fondent un royaume à part, hors du temps, où se côtoient sur quatre générations les vivants et les fantômes, le réel et le merveilleux. Un roman que certains critiques n’ont pas hésité à qualifier de « Cent ans de solitude mauricien », en écho au chef-d’œuvre de Gabriel García Márquez.
Une rentrée sous le signe des grands prix
Cette rentrée se révèle particulièrement faste pour l’écrivaine. « Chronique d’un royaume perdu » figure en effet parmi les seize romans retenus dans la première sélection du Prix Goncourt 2026, dévoilée début septembre par l’Académie, aux côtés d’autrices et d’auteurs comme Anne Godard ou Thélyson Orélien. Le verdict final est attendu pour le 3 novembre. Le roman a également été retenu dans la première sélection du Prix Jean Giono 2026, dont le lauréat sera connu le 10 novembre.
La course aux distinctions ne s’arrête pas là. Le roman figure aussi parmi les dix-sept titres de la première sélection du Prix Renaudot 2026, dévoilée le 3 septembre sous la présidence de Frédéric Beigbeder — une édition anniversaire, puisque le prix fête cette année son centenaire. Ananda Devi y côtoie plusieurs noms déjà présents dans la course au Goncourt, signe d’une rentrée qui la place incontestablement parmi les autrices les plus remarquées de la saison. Elle compte également parmi les quatre finalistes du Prix Landerneau des lecteurs 2026, dont le lauréat, désigné par un jury de deux cents lecteurs, sera connu le 20 octobre.
Une reconnaissance internationale déjà installée
Ces nominations viennent s’ajouter à un parcours déjà considérable. Autrice d’une œuvre prolifique traduite dans de nombreuses langues, Ananda Devi a déjà reçu plusieurs distinctions majeures, dont le prestigieux Neustadt International Prize for Literature, parfois surnommé le « Nobel américain » de la littérature, ainsi que le Prix de la langue française — une reconnaissance qui confirme sa place parmi les voix francophones les plus importantes de sa génération.
Au-delà des jurys, l’écrivaine multiplie également les rencontres avec son public en cette rentrée : elle était notamment attendue au festival « Livre sur les quais », et un entretien public autour de son nouveau roman s’est tenu à la Maison de la Poésie, à Paris.
Que « Chronique d’un royaume perdu » décroche ou non l’un des grands prix de cet automne littéraire, l’année 2026 restera pour Ananda Devi celle d’un roman-somme, mûri sur quatre décennies, qui vient rappeler avec force que la littérature mauricienne a toujours su porter, depuis les marges de l’océan Indien, une réflexion universelle sur la mémoire, la violence et la transmission.
