Du roman à la guerre, en passant par la cuisine et la politique, le journaliste et écrivain sénégalais Pape Samba Kane a soumis l’intelligence artificielle à un véritable interrogatoire. Il a raconté cette expérience lors d’une rencontre organisée par le Goethe-Institut Sénégal, dans le cadre de son cycle « Au cœur de la littérature ». Une machine peut-elle tenir une vraie conversation, raisonner, argumenter et comprendre les réalités humaines ? Ces questions l’ont accompagné pendant la rédaction de son livre « L’Intelligence artificielle : défis et défiances en Afrique ».

Issu d’un long entretien avec le modèle Gemini (version 2.0), cet ouvrage de 420 pages repose sur une méthode particulière. L’auteur précise qu’il n’a pas demandé à l’IA d’écrire à sa place : il lui a posé des questions claires et obtenu des réponses tout aussi claires. Il l’a mise à l’épreuve sur des sujets qu’un universitaire maîtriserait, comme la poésie, la critique littéraire ou la gastronomie, et elle en a parlé comme tel. Pour lui, le débat ne porte pas sur la conscience de la machine : il n’a jamais prétendu qu’elle pense, mais reconnaît qu’elle produit de la pensée.

Pape Samba Kane s’est dit frappé par la capacité de l’IA à nuancer ses positions plutôt qu’à approuver systématiquement son interlocuteur. Interrogée sur la possibilité de rédiger elle-même les règles encadrant son usage, la machine a mis en évidence, selon lui, une frontière essentielle : un algorithme peut formuler des propositions, mais la décision finale et le débat doivent rester humains, car l’homme aime négocier et avoir le sentiment d’avoir participé à la discussion avant de trancher.

Refusant l’alarmisme, l’écrivain privilégie l’expérimentation critique. Face à une modernité qui inquiète autant qu’elle donne espoir, c’est sa curiosité de journaliste qui l’a poussé à aller voir de quoi il s’agit.

MATHIAS