
Les systèmes de nomination sont des révélateurs de la culture et de
l’histoire. A ce titre l’onomastique est une science fondamentale, mais a été trop négligée en Afrique .
Le nom constitue un réseau social assez complexe. Il établit une relation entre la société et son environnement au triple plan de l’espace géographique, de la famille et de la personne. Les trois registres intéressants pour comprendre la réalité sociale sont:
1°) L’environnement spatial, géographique: registre de la toponymie comme désignation des lieux habités ou non.
2°) L’environnement social et familial registre de l’anthroponymie comme designation des familles ou des lignages paternels ou maternels.
3°) La personne registre de l’anthroponymie comme désignation spécifique des Individus. Cette désignation est aussi sociale.
Le troisième s’agit du registre le plus riche et le plus diversifié, où la dation du nom représente un acte social moins déterminé. En effet, pour chaque individu, plusieurs noms peuvent être donnés au cours de l’existence. Il y a d’abord le nom de naissance, puis le nom donné lors de la cérémonie du bat, ensuite le surnom (lastangol) donné lors de certaines circonstances de la vie, par exemple lors de la circoncision ou le nom donné à la nouvelle mariée lors de l’arrivée dans la concession du mari.
Cependant il existe des règles d’attribution du nom individuel, surtout du prénom usuel, même si les choix possibles sont multiples et peuvent donc signifier la relation de l’enfant nommé avec sa famille proche et les événements qui ont précédé ou entouré sa naissance.
Pour la dation du nom individuel, le père ou la lignée paternelle sont chargés de donner le nom. Le choix du prénom peut être opéré par:
allusion à un ancêtre (grand-père ou grand-mère)
allusion à un ami du parent
allusion à un personnage important du village ou du royaume
allusion à l’époque ou au jour de la naissance
allusion au rang de l’individu dans les naissances gémellaires.
Le changement de prénom peut intervenir, ainsi que l’utilisation d’un surnom ou d’un sobriquet. L’ajout du prénom de la mère ou du père au prénom personnel est fréquent. Pour les nobles gelwaar, on pouvait même faire usage exclusif du prénom de la mère.
Les termes pour les divers noms individuels portés durant sa vie par la personne sont les suivants:
Le prénom de ramassage (gon le na inteel ou gon gisir).
C’est le prénom qu’on donne au nouveau-né lors de son ramassage après l’accouchement. La plus vieille épouse de la concession, connaissant bien l’arbre généalogique du kurcala attribue ce prénom provisoire. Il est choisi parmi les prénoms porté par un ancêtre ayant vécu longtemps ou célèbre par ses exploits de guerre. En principe ce prénom n’est connu que des ramasseuses et non de la mère et du père de l’enfant. Cependant on sait que tous les enfants nés dans une concession reçoivent tous le même nom de ramassage masculin ou féminin.
Le prénom donné lors de la cérémonie du baptême (gon bat).
Ce prénom n’est pas toujours unique. Souvent même on attribue deux ou plusieurs prénoms à l’enfant. On peut distinguer ainsi :
gon mbind, ou gon no taan, ou gon cosaan. C’est le prénom d’un membre de la concession, d’un ancêtre ou d’un nom traditionnellement attribué dans la famille paternelle.
gon luɓe ou gon xeɗe ou tuɗand. Dans le premier cas, il s’agit d’un prénom d’emprunt; dans le second on retient un prénom d’une personne connue de la famille, par exemple d’un ami, d’une personne qui a contribué aux négociations du mariage ou d’un bienfaiteur. On parle ainsi d’un homonyme, si le prénom n’est pas de la parenté proche, mais celui d’un « parrain » ami ou d’un homme illustre dont on souhaite les qualités au nouveau-né. On peut donner parfois à l’enfant le nom d’une personne qui est arrivée dans la maison au moment de la naissance.
Il existe des prénoms obligatoires ainsi, dans le cas du décès de la mère lors de l’accouchement ou du père avant le baptême, l’enfant recevra le nom du parent décédé. On dira alors kaa daknel gon, c’est-à-dire « on lui a redonné le prénom ». Même si l’enfant est de sexe masculin, on peut lui donner le prénom de sa mère défunte: ainsi dira-t-on, par exemple, Kumba Koor, (Kumba prénom féminin; koor = homme).
Extrait du livre « NAA MBAAX HISTOIRE ET COUTUMES LE MONDE SEREER »
Sobel Dione