Le paysage littéraire s’enrichit d’une œuvre singulière avec la parution récente du recueil de poésie « Le Fou de Gadara » du jeune haïtien Ezechiel Luccé. Publié aux éditions Senegal Njaay dans la collection « Souffle des Alizés », cet ouvrage bénéficie d’une introduction profonde grâce à la préface d’Arwa Ben DHIA.

S’appuyant sur la figure biblique du démoniaque de Gadara, Ezechiel Luccé explore les frontières de l’âme humaine. Comme le souligne Arwa Ben Dhia dans sa préface, l’auteur nous invite à suivre un chemin paradoxal où la folie, loin d’être une simple déraison, devient une source de liberté et d’accomplissement.

Mais…. « La singularité du recueil d’Ezechiel Luccé tient aussi à son travail sur la langue. Le poète aime faire chanter ses textes : rimes, jeux de mots polysémiques, figures de style  rythmiques comme l’anaphore, l’épiphore ou l’épizeuxe, tout concourt à donner à la folie une voix incantatoire, presque sacrée :

“Recto” et le “verso” 

J’existe par Erreur

            Et par Dessein. « 

Le recueil se distingue par sa richesse intellectuelle et ses influences variées :

Philosophie et Littérature : L’ouvrage dialogue avec des penseurs tels que Nietzsche, Michel Foucault et Khalil Gibran pour redéfinir la folie comme un espace de vérité.

Cinéma : La préface d’Arwa Ben Dhia met également en lumière des parallèles avec l’œuvre du réalisateur Andreï Tarkovsky, notamment le film Nostalghia, renforçant l’idée que le « fou » est souvent plus proche de l’essentiel que l’homme ordinaire.

Langage et Rythme : Le poète utilise une langue incantatoire, jouant sur des termes grecs et latins (Telos, Conatus) et des figures de style rythmées pour donner une voix sacrée à ses vers.

À travers ce recueil, Luccé déconstruit nos certitudes : l’existence n’est plus un rôle subi, mais une « passion » que l’on crée. Chaque poème est une invitation à briser ses propres fers pour oser être.

« Je choisis d’exister / En corps mortel, / En âme vivante, / En esprit libre. »

Ces vers résument parfaitement l’ambition de l’ouvrage : une invitation à briser nos propres fers pour enfin oser « être ». Le Fou de Gadara est une œuvre audacieuse qui confirme qu’au Sénégal, la nouvelle génération poétique sait allier la profondeur philosophique à la beauté du verbe.