
Dakar, 4 octobre 2026. L’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane est décédé ce dimanche à l’âge de 98 ans. Le Sénégal, l’Afrique et le monde des lettres perdent un éveilleur de consciences, un penseur et un grand serviteur de l’État.
Né en 1928 à Matam, dans le Fouta, il reçoit d’abord une éducation coranique avant de rejoindre l’école française. Il poursuit ensuite des études de philosophie et de droit à Paris. De retour au Sénégal à l’aube des indépendances, il occupe de hautes fonctions dans l’administration, notamment comme gouverneur de la région de Thiès.
C’est pourtant par un livre qu’il entre dans l’histoire. Publié en 1961, *L’Aventure ambiguë* reçoit en 1962 le Grand prix littéraire d’Afrique noire. Le roman suit Samba Diallo, jeune disciple d’une école coranique envoyé étudier à Paris, déchiré entre deux mondes. Devenu un classique de la littérature africaine, il a nommé avec justesse le déchirement de l’âme africaine face à la modernité. Plus de trente ans après, Kane publie *Les Gardiens du temple* (Stock, 1995), second roman d’une œuvre rare et exigeante.
Son texte reste d’une actualité saisissante. Il y pose le dilemme d’un continent sommé de rejoindre le monde de la science et de la technologie, au risque d’y perdre son âme. Il y affirme aussi que « l’ère des destins singuliers est révolue », appel à un avenir partagé entre les peuples. Il y redoute enfin que l’école nouvelle ne tue chez les enfants ce que leurs parents conservent avec soin pour en faire leur honneur.
Aujourd’hui, l’aventure terrestre de ce monument de la pensée s’achève. Ses mots demeurent, comme un phare pour les générations futures. Que la terre de Yoff lui soit légère. Reposez en paix, Maître.
