Il y a des écrivains qui produisent des œuvres. Et il y a ceux qui construisent des consciences.
Marouba Fall appartient résolument à la seconde catégorie.
Romancier, dramaturge, poète, pédagogue — mais surtout artisan d’intelligibilité — il incarne une littérature qui ne se contente pas de dire le monde : elle le questionne, le fissure, et parfois le redresse. De La Collégienne à Adja, militante du G.R.A.S., de Chaka ou le roi visionnaire à ses recueils poétiques habités, son œuvre explore sans concession les tensions fondamentales de nos sociétés : tradition et modernité, engagement et solitude, foi et lucidité.
Chez lui, rien n’est décoratif. Tout est nécessité.
Son écriture, tendue et exigeante, refuse le confort du pathos. Elle préfère la rigueur à la séduction, la complexité à la simplification. Ses personnages ne sont jamais des symboles figés, mais des consciences en lutte, traversées par le doute, l’histoire et la responsabilité.
Et c’est précisément là que réside sa grandeur : dans cette capacité à faire de la littérature un espace d’éveil plutôt que d’évasion.
Mais réduire Marouba Fall à ses textes serait une erreur.
L’homme est aussi un bâtisseur. Enseignant, proviseur, conseiller, éditeur, il a investi le champ éducatif et culturel avec une constance rare. Son engagement pour la transmission, notamment à travers Ruba Éditions et ses travaux pédagogiques, témoigne d’une conviction forte : écrire, c’est aussi rendre les autres capables d’écrire et de penser.
Parrain de l’événement Banlieues en Lettres, il symbolise avec justesse ce lien vital entre création et territoire. Car son œuvre, profondément ancrée dans les périphéries dakaroises, rappelle une évidence trop souvent ignorée : les marges ne sont pas des vides, mais des foyers de sens, de mémoire et de résistance.
Rendre hommage à Marouba Fall, ce n’est pas seulement saluer un parcours.
C’est reconnaître une exigence.
Celle d’une littérature qui ne flatte pas, mais élève.
Celle d’un intellectuel qui ne se met pas en scène, mais se met au service.
Celle d’un homme qui fait du verbe non pas un refuge, mais une responsabilité.
À l’heure où le bruit menace souvent la pensée, sa voix demeure une ligne de tenue.
Et c’est précisément pour cela qu’elle compte.

Serigne Mor Woré Gueye – Maire de la commune de Ndiareme-Limamoulaye