J’ai écrit cette semaine qu’un pseudonyme ne donne pas le droit de détruire quelqu’un. Je défendais Thélyson Orélien contre un compte anonyme qui l’accusait d’avoir fait écrire son roman par une machine. Je concluais ainsi: «Orélien a mis vingt ans à se bâtir un nom. Un inconnu l’a entaché en un soir.»

Les révélations d’aujourd’hui ont renversé le fardeau de preuve. Des exemples concrets sont fournis par des sources fiables. Orélien doit maintenant s’expliquer. Sa crédibilité est maintenant en cause.

Le processus créatif laisse des traces. Une idée naît de quelque part. Une inspiration s’explique. L’auteur doit maintenant divulguer ses notes, ses recherches, ses brouillons. Le récit qu’il raconte est chargé d’histoire.

Ces nouvelles allégations n’ont rien d’anonymes. La Presse, Radio-Canada, Le Devoir et Libération ont chacun comparé d’anciens textes signés Orélien avec des textes écrits par d’autres. Le résultat ne demande aucun logiciel. Il suffit de lire.

Le 28 février 2013, La Presse publie une lettre d’Orélien sur les héros sportifs. Cinq jours plus tôt, le chroniqueur Andy Bautista avait publié la même chose en anglais dans The Philippine Star. La phrase sur Lance Armstrong est traduite mot à mot. Jugez vous-même.

Andy Bautista, The Philippine Star:
«Lance Armstrong won the Tour de France a record seven consecutive times after the horrifying diagnosis.»

Thélyson Orélien, La Presse, cinq jours plus tard:
«il a remporté le Tour de France, un record de sept fois de suite après le diagnostic horrible.»

Le vice-président à l’information de La Presse parle aujourd’hui d’une tromperie «décevante et inexcusable».

En 2012, Orélien publie une nouvelle dans la Zone d’écriture de Radio-Canada. Le public la primera. Selon Radio-Canada, la moitié de ses phrases viennent de la préface du Matin des magiciens, un livre de Louis Pauwels et Jacques Bergier paru en 1960. Le premier paragraphe est recopié presque intégralement.

Louis Pauwels et Jacques Bergier, 1960:
«Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler.»

Thélyson Orélien, 2012:
«Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler.»

Radio-Canada a relevé au moins cinq textes de 2012 et 2013 construits de cette façon. Mediapart a retiré un billet de 2014 après que Le Devoir eut constaté ses ressemblances avec une analyse parue en espagnol.

Deux accusations, deux niveaux de preuve

Ces textes ne prouvent pas que le roman a été écrit par une machine. Cette accusation repose toujours sur un détecteur, et l’auteur la nie. Mais la question a changé. Il ne s’agit plus de savoir si un logiciel peut se tromper. Il s’agit de savoir si on peut croire l’homme qui affirme avoir tout écrit lui-même.

Quand j’ai défendu Orélien, je lui accordais la confiance qu’on doit à tout auteur. Cette confiance repose sur sa parole. Un auteur qui a signé à répétition les phrases des autres a lui-même entamé sa crédibilité.

Ce que je maintiens

Mon argument sur l’anonymat tient toujours. Le compte qui a lancé l’affaire n’a toujours pas de visage, et sa preuve reste une probabilité.

Les accusations de plagiat ont suivi un tout autre chemin. Les premiers relevés sont venus de X, mais d’un compte qui signe de son nom, celui de l’écrivain français Thibaut Giraud. Des médias ont ensuite vérifié, comparé, publié les textes côte à côte et signé leurs articles. Ils répondront de ce qu’ils avancent.

Pour le roman, j’attends la lumière que Boréal dit vouloir faire.

D’ici là, je n’accuse pas. Mais je ne défends plus. Orélien doit s’expliquer et me convaincre que le passé n’est pas garant de l’avenir.

Jusque-là, le Goncourt doit rester hors de portée, ne serait-ce que pour préserver l’intégrité de l’institution.

Rémi Chapadeau