
Poète, essayiste, universitaire et promoteur de la non-violence, Attié Djouid Djar-Alnabi est une figure majeure de la scène littéraire tchadienne contemporaine. Dans cette interview, il revient sur l’évolution de son écriture vers les vers libres, sa philosophie humaniste, son concept du “Tchadisme” et l’importance qu’il accorde à la formation littéraire. Lauréat de nombreux prix panafricains, il invite la jeunesse à s’ancrer dans la lecture et à porter haut la voix du continent.
Propos recueillis par Babacar Korjo Ndiaye
Votre œuvre poétique témoigne d’un passage du classicisme aux vers libres. Qu’est-ce qui a motivé cette évolution stylistique dans votre écriture ?
J’ai été toujours partisan de l’évolution et de renouvèlement des idées en vue d’actualiser le quotidien et faire de celui-ci quelque chose qui s’adapte au temps. Mon choix pour le vers libre et libéré participe de ma volonté à m’inscrire dans mon temps et celui de l’adaptation de la poésie étant donné que cette dernière je la porte dans la peau ; cela n’exclut pas pour autant ma passion pour le classicisme auquel je suis bercé comme c’est aussi le cas pour la littérature médiévale, la littérature du Moyen-âge, la littérature de la Renaissance jusqu’à la littérature postmoderne.
Vous êtes un fervent défenseur de la non-violence. Comment cette philosophie influence-t-elle votre démarche littéraire et les thèmes que vous abordez?
La non-violence fait partie intégrante de ma personne. Elle est pour moi un vade mecum, un mode de vie qui influence toutes mes actions, mes faits, mes gestes et mes réactions. Cela implique bien ma production littéraire ainsi que mon engagement professionnel. Je la vie au quotidien, je la cultive et je la fait vivre dans mon entourage. Elle constitue pour moi un monde débordant d’humanisme. La non-violence c’est mon argument de vente, mon mantra vérifiable.
Votre dernier ouvrage Tchadisme (2022) semble interroger l’identité et les enjeux contemporains du Tchad. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept et ce qu’il représente pour vous ?
Le Tchadisme se veut l’amour du Tchad et des tchadiens, un appel fraternel à l’unité nationale et au brassage intellectuel. Il est en outre un appel à la construction de l’Etat nation, souverain, fort et vrai, mais aussi et surtout la valorisation du potentiel matériel et immatériel du pays de Toumaï. Le Tchadisme est également la valorisation de l’homme modèle Tchadien que nous cherchons à conceptualiser et à bâtir.
En 2023, vous avez représenté le Tchad au Meeting International du Livre et des Arts Associés (MILA) en Côte d’Ivoire. Quel regard portez-vous sur la place de la littérature tchadienne dans le paysage littéraire africain ?
Notre collaboration avec le MILA a commencé en 2021 lorsque le Tchad était invité d’honneur, puis en 2023 où nous avons était distingué à travers le Prix MILA de l’intégration des peuples à travers le livre. Alors la littérature tchadienne de notre point de vue est en quête de visibilité sur le continent bien que des écrivains de renom ont réussi à se hisser sur le podium continental. Toutefois, des efforts devraient être faits pour davantage faire parler de la littérature tchadienne au niveau africain. Aussi bien que dans les programmes d’enseignements que dans les librairies et autres bibliothèques.
Vous avez récemment été récompensé par le prix FILIGA Poésie 2024 ainsi que le prix spécial FORALY. Que représentent ces distinctions pour vous et en quoi renforcent-elles votre engagement littéraire et poétique ?
D’abord j’étais distingué entre autres par le prix FILIGA de l’engagement littéraire africain en 2022, puis le prix FILAB de la passion littéraire africaine à Cotonou, ensuite le prix FILA de l’engagement littéraire africain pour la paix et la cohésion sociale en Guinée , le prix spécial du Marché du livre et des arts du Niger (MALAN), le prix international BEE KA Slam poésie du Mali et le tout dernier prix spécial du FORALY vient couronner mon parcours. Il faut souligner que parallèlement à ces exploits je suis détenteur de quelques titres de noblesse à savoir Prince Akan, Baoulé et Dahoméen. Toutes ces distinctions représentent pour moi la reconnaissance d’un engagement profond pour la littérature, le livre et la lecture en général. Il constitue par ailleurs un motif de fierté et de motivation pour des actions encore plus percutantes. Tout cela montre à suffisance qu’après toutes ces années j’ai engendré un espace possible et plausible dans la littérature.
En tant qu’universitaire, comment percevez-vous le rôle de la formation académique dans l’émergence de nouvelles voix littéraires en Afrique?
La vingtaine d’années d’expériences au service de l’enseignement de la littérature à l’université me laisse présager que la littérature parviendra a joué son rôle si elle est encadrée, organisée autour d’un observatoire qui veille à son fonctionnement et surtout à son rendement social. Elle reste incontestablement un précieux atout de développement, mais sans conteste cela voudrait un cadre réglementaire.
Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux jeunes écrivains africains qui souhaitent se faire entendre dans un monde où la littérature semble parfois marginalisée?
D’abord lire, ensuite lire et enfin lire, pour évoluer certes lentement mais surement pour réussir à se hisser un jour au sommet. La jeunesse doit apprendre à se construire. Elle doit partir sur des bases solides pour résister aux intempéries.
