HIER, MOHAMED MBOUGAR SARR ÉCRIVAIT CECI :

« T.C. Elimane est né au Sénégal. Il obtint une bourse d’études, vint à Paris et y publia, en 1938, un livre dont le destin a été frappé au coin de la singularité tragique, Le Labyrinthe de l’inhumain.

Et quel livre ! Le chef-d’œuvre d’un jeune nègre d’Afrique ! Du jamais vu en France ! En naquit une de ces querelles littéraires dont ce pays seul a le secret et le goût. Le Labyrinthe de l’inhumain compta autant de soutiens que de détracteurs. Mais alors que la rumeur promettait à l’auteur et à son livre de prestigieux prix, une ténébreuse affaire littéraire brisa leur envol. L’œuvre fut vouée aux gémonies ; quant au jeune auteur, il disparut de la scène littéraire.

La guerre éclata ensuite. Nul n’a plus eu de nouvelles de ce T.C. Elimane depuis la fin de l’année 1938. Son sort reste un mystère malgré d’intéressantes hypothèses (sur cette question on lira par exemple avec profit le bref récit de la journaliste B. Bollème, Qui était vraiment le Rimbaud nègre ? Odyssée d’un fantôme, Éditions de la Sonde, 1948).

Éclaboussé par la polémique, l’éditeur retira le livre des ventes et détruisit tous ses stocks. Le Labyrinthe de l’inhumain ne fut plus jamais réédité. L’ouvrage est aujourd’hui introuvable.

Redisons-le : cet auteur précoce avait du talent. Peut-être du génie. Il est regrettable qu’il l’ait dédié à la peinture du désespoir : son livre, trop pessimiste, alimentait la vision coloniale d’une Afrique de ténèbres, violente et barbare. Un continent qui avait déjà tant souffert, qui souffrait et souffrirait encore, était en droit d’attendre de ses écrivains qu’ils donnassent de lui une image plus positive. »

Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, Philippe Rey/Jimsaan, 2021.

AUJOURD’HUI, NOUS VIVONS EN LIVE CET EXTRAIT DE MBOUGAR. Mais avec Thélyson.

Si je devais parodier Mbougar…

Thélyson Orélien est né aux Gonaïves, en Haïti. Il est aidé par des proches, vint au Canada et y publia, en 2026, le livre dont le destin a été frappé au coin de la singularité tragique, C’était ça ou mourir.

Et quel livre ! Le chef-d’œuvre d’un jeune nègre des Caraïbes ! Du jamais vu en France ! En naquit une de ces querelles littéraires dont ce pays seul a le secret et le goût. Vendu à 35 000 exemplaires, C’était ça ou mourir compta autant de soutiens que de détracteurs. Qui pour trouver le texte absolument génial, qui pour le qualifier d’une cathédrale de métaphores et d’aphorismes de bas étage et d’une insipidité déconcertante.

Mais alors que la rumeur promettait à l’auteur et à son livre de prestigieux prix, une ténébreuse affaire littéraire brisa leur envol. L’œuvre fut vouée aux gémonies, qualifiée d’avoir été écrite par l’IA, la nouvelle technologie extraordinaire de l’heure qui détrône l’humain. Pis, on inspecta ses anciennes productions et on lui trouva des traces de plagiats qui corroborèrent les soupçons d’écriture IA chez ses détracteurs ; quant au jeune auteur lui-même qu’on voyait pourtant naguère partout sur nos écrans et dans les notifications, il disparut de la scène littéraire et est injoignable depuis l’éclatement de l’affaire.

La guerre éclata ensuite. Nul n’a plus eu de nouvelles de ce Thélyson Orélien depuis que la dernière interview qu’il a offerte au sujet de cette affaire d’IA. Son sort s’apparente trait pour trait à ce que fut celui de Yambo Ouologuem. On se demandait par exemple : « Qui était vraiment le phénomène littéraire de la rentrée littéraire 2026, publié par Boréal ?

Éclaboussé par la polémique, l’éditeur Boréal lui retira son soutien pour, dit-il, son bien-être (comment ? On ne le saura peut-être jamais), soutien que d’ailleurs que, dans cette tempête, il ne lui aura jamais accordé. L’Académie Goncourt, dont il était sur la liste de sélection, fit de même en l’excluant de sa sélection ainsi que toutes les instances de l’industrie littéraire qui le portaient au pinacle.

Redisons-le : cet auteur précoce avait du talent. Peut-être du génie. Il est regrettable qu’il l’ait dédié peut-être vraiment à l’IA : son livre, trop pessimiste, affichait, vers la fin, une attitude hautaine et ingrate vers le Canada qui lui aurait pourtant tout donné et dont il aurait dû, dans son livre, présenter sous une image positive.

Chrys Amègan. Exode 14 : 14