
Il est des moments où le livre s’invite dans le tumulte de la gestion de l’État, non pas comme un simple divertissement de salon, mais comme la boussole intime des gouvernants. Avec son trente-septième ouvrage, intitulé Bassirou Diomaye Diakhar FAYE : Un cœur ouvert aux livres et à la lecture (Éditions Aminata Sow Fall, 2026), l’écrivain et éditeur Dr. H.C. Idrissa Sow Gorkoodio signe bien plus qu’un essai de circonstance. C’est une radiographie poétique, politique et philosophique du rapport qu’entretient le cinquième Président du Sénégal avec l’univers des mots.
Sous la plume alerte de Gorkoodio, le chef de l’État quitte les habits froids du gestionnaire pour revêtir ceux d’un homme façonné par la puissance de l’écrit. Préfacé par le juriste Abdoulaye Sarr, l’ouvrage s’articule autour d’un triptyque conceptuel — trois « Inspirations » — qui lie le destin du président à l’histoire culturelle de la nation.
L’architecture de cet essai, calquée sur le mouvement créateur que l’auteur avait déjà expérimenté dans son roman Le Nid de la Torture, plonge d’abord le lecteur au cœur des symboles fondateurs du nouveau régime.
La Première Inspiration : Le socle des valeurs
Gorkoodio s’arrête longuement sur la journée historique du 2 avril 2024 à Diamniadio. Derrière la solennité du serment présidentiel, l’auteur décode une gestuelle républicaine imprégnée d’humilité, de courtoisie et d’un profond respect envers les anciens. Pour le chroniqueur, cette posture puise ses racines directes dans le terroir de Ndiaganiao, là où la tradition orale et les récits sous l’arbre à palabres forgent les grands destins. Gorkoodio en profite pour lancer un plaidoyer vibrant : l’urgence de fixer notre mémoire orale par l’écrit afin de parachever notre souveraineté culturelle.
La Deuxième Inspiration : Le devoir de mémoire
Le 1er décembre 2024, le Président Faye prononce le discours historique de commémoration du massacre des Tirailleurs africains. C’est « L’Appel de Thiaroye ». Pour Gorkoodio, cet acte n’est pas seulement politique ; il est éminemment littéraire. Le chef de l’État y redonne un souffle et une dignité aux voix étouffées par l’histoire coloniale. Ce moment fort de réhabilitation mémorielle servira d’ailleurs de terreau à l’anthologie collective Thiaroye 1944, le trésor de la mémoire, démontrant que le livre reste le meilleur bouclier contre l’oubli et le traumatisme.
La Troisième Inspiration : L’apothéose du Grand Théâtre
Le point culminant de l’ouvrage nous ramène au 16 octobre 2025, lors du Forum national du Livre à Dakar. Devant un parterre d’intellectuels et d’acteurs culturels, Bassirou Diomaye Faye prononce une phrase qui résonne encore comme un credo :
« J’ai aimé la lecture, car j’ai toujours vu mon père lire. »
L’auteur restitue avec une ferveur journalistique les coulisses de cet événement inédit, rappelant au passage le rôle capital qu’ont joué — et que doivent rejouer — les Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) dans les trajectoires d’émancipation des jeunes des milieux ruraux et périphériques.
Ce qui fait la force journalistique et documentaire de cet essai de Gorkoodio, c’est son refus du monologue. L’auteur ouvre grand ses pages à une polyphonie de critiques et d’intellectuels qui viennent enrichir et mettre en perspective la posture présidentielle.
On y croise le Dr Hamidou Baldé, qui analyse le livre comme un instrument de décolonisation des esprits et de reconquête identitaire. L’écrivaine Fatimata Diallo Ba y livre une réflexion poignante sur la transmission intergénérationnelle, rappelant que les parents sont, pour chaque enfant, les tout premiers « bibliothécaires intérieurs ». De son côté, le critique tchadien Attié Djouid Djar-Alnabi prend le contre-pied des théories structuralistes de Roland Barthes sur « la mort de l’auteur », démontrant qu’au Sénégal, l’homme d’État et le texte s’unissent pour consolider l’édifice démocratique.
Dans un texte intitulé Éloge du Verbe, Babacar Korjo Ndiaye a choisi d’emprunter la posture épistolaire posthume du président-poète Léopold Sédar Senghor. Une manière de saluer, par-delà les époques, la volonté du Président Faye de protéger la « Civilisation de l’Universel » tout en s’attelant à la structuration économique indispensable des industries culturelles et créatives africaines.
Idrissa Sow Gorkoodio ne se contente pas de théoriser. En fin pédagogue, il intègre à l’ouvrage un « Clin d’œil pédagogique » magistralement conçu par l’Inspecteur Mamadou Mballo.
Cette section propose des outils didactiques concrets : des modèles de commentaires suivis, des plans de commentaires composés et des sujets de dissertation littéraire élaborés à partir des discours du chef de l’État. En axant ces exercices sur des thématiques universelles comme « le livre comme école de la liberté » ou « la littérature qui transfigure le monde », l’ouvrage s’impose d’ores et déjà comme un manuel de référence pour les élèves des classes de Terminale, parfaitement aligné sur les exigences du baccalauréat de l’espace UEMOA.
Au bout du compte, que retenir de ce trente-septième opus ? Bassirou Diomaye Diakhar FAYE : Un cœur ouvert aux livres et à la lecture rappelle une vérité fondamentale que l’urgence du quotidien politique tend parfois à faire oublier : l’imaginaire précède toujours l’action.
En consignant cette facette du chef de l’État, Gorkoodio signe un ouvrage de salubrité publique. Il démontre que la véritable souveraineté d’un peuple ne se mesure pas seulement à ses indicateurs économiques, mais à sa capacité à lire le monde, à se raconter et à s’approprier son propre récit littéraire. Un essai indispensable pour comprendre le Sénégal contemporain et les fondations culturelles de son avenir.
